Albert Besnard & Modernités Belle Époque

Paris le 10 octobre 2016.

Chère Ofelia,

Hier, j’ai eu l’opportunité de visiter Le Petit Palais de Paris. On m’a offert très aimablement cette documentation  à propos de la rétrospective consacrée à Albert Besnard, que je t’envoie avec cette lettre. Je te prie de la faire circuler là-bas à La Havane, parmi nos amis qui connaissent la langue de Molière.

Le Petit Palais et le Palais Lumière d’Evian s’associent pour présenter à Paris une rétrospective consacrée à Albert Besnard, gloire de la peinture française de la Belle Époque. Comblé d’honneurs et de charges (membre de l’Académie des Beaux-Arts en 1912, directeur de la Villa Médicis de 1913 à 1921, reçu à l’Académie française en 1924, directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de 1922 à 1932), il fut le premier peintre auquel la République fit l’honneur de funérailles nationales, bien avant Georges Braque. Trop vite oublié, il fut rangé ensuite par méconnaissance, au rayon des académiques stériles.

L’exposition que lui consacre cet automne le Petit Palais, dont Besnard décora l’immense coupole du vestibule, s’attache à montrer combien ce peintre moderne par la hardiesse de son coloris et la richesse de son inspiration  mérite d’être redécouvert.

Près de 200 œuvres permettront donc d’appréhender l’itinéraire de cet artiste, de Paris jusqu’à Rome, en passant par Londres et les rives du Gange. Dans une scénographie évoquant le Paris de la Belle Epoque, le parcours de l’exposition permet d’apprécier les différentes facettes de l’œuvre de Besnard : symboliste tardif, chantre des courbes de la femme 1900, portraitiste, grand décorateur, ou encore pastelliste virtuose et inquiétant graveur.

L’exposition ouvre ainsi sur les débuts de peintre, couronné par le Grand Prix de Rome en 1874. Pensionnaire à l’Académie de France de 1875 à 1878, il rencontre à Rome sa future femme, le sculpteur Charlotte Dubray. Ensemble, ils partent en Angleterre, où Besnard découvre la peinture préraphaëlite et se lie d’amitié avec le graveur Alphonse Legros auprès de qui il perfectionne sa technique de l’eau-forte. Revenu à Paris au début de l’année 1884, il reçoit de très nombreuses commandes de portraits qui font sa renommée.

Besnard est aussi le peintre de la beauté féminine, qu’il s’agisse de portraits intimes au pastel, de nus sensuels ou d’effigies mondaines dont il est un auteur recherché. Il devient parallèlement l’un des peintres décorateurs les plus en vue de la capitale. Les grands chantiers parisiens lui offrent la possibilité de renouveler l’art du décor monumental, des murs de l’École de Pharmacie et de la Sorbonne, aux plafonds de l’Hôtel de Ville, du Petit Palais et de la Comédie-Française.

Le recours à des thèmes modernes, le symbolisme de son langage et la flamboyance de sa palette impose sa puissante originalité.

Un Besnard plus secret se révèle avec sa pratique de la gravure, qui lui permet d’aborder des sujets plus graves, les émotions existentielles de l’homme face à la mort, et montrer ainsi toute la complexité de sa personnalité et de son art. Ses gravures, et notamment la série « Elle », sont parmi les plus frappantes et les plus originales au tournant du siècle.

L’exposition évoque enfin la veine orientaliste de l’artiste. Voyageant en Algérie et aux Indes, il livre ainsi une vision personnelle d’un Orient âpre et envoûtant, d’une brûlante féérie.

Ses grandes huiles et gouaches indiennes saturées de couleurs font sensation à la galerie Georges Petit en 1912, et contribuent, comme l’ensemble de son œuvre, à ouvrir des voies nouvelles.

Albert Besnard. MODERNITÉS BELLE ÉPOQUE. Le Petit Palais de Paris. 25 octobre 2016 – 29 janvier 2017. Commissariat : Chantal Beauvalot, docteur en histoire de l’art ; Stéphanie Cantarutti,   conservateur en chef au Petit  Palais ; Christine Gouzi , maître de conférences à l’université  de Paris-Sorbonne ; Christophe Leribault, directeur du Petit Palais ;William Saadé,  conservateur en chef honoraire, chargé de mission pour la Ville d’Evian. Contact Presse : Mathilde Beaujard.

Je  t’embrasse depuis notre chère et cultivée France,

Félix José Hernández.