Dakota Song par Ariane Bois

Dakota Song par Ariane Bois

Paris le 29 avril 2017.

« Il y a New York et il y a le Dakota. »

New York, 1970. Shawn Pepperdine, jeune de Harlem, assiste, horrifié, au meurtre de son meilleur ami. Pour échapper aux assassins, il trouve refuge dans les sous-sols du Dakota, l’immeuble le plus mythique de Manhattan.

Au coeur d’une ville en pleine ébullition, le Dakota reste, lui, immuable : un club très fermé, un château médiéval sur Central Park, un havre de paix des «rich and famous». S’y côtoient Lauren Bacall, Leonard Bernstein et Rudolf Noureev. Ici, Polanski tournera les images du film Rosemary’s Baby.
Devenu le premier portier noir du Dakota, Shawn côtoie ses résidents : Nigel, Abigail, Nathan, Cherie, Becky, Andrew, Tyler et les autres.
Quand la plus grande star du monde, John Lennon, emménage à son tour, l’immeuble et sa communauté s’enflamment…

Dakota Song est le portrait survolté d’une Amérique en pleine révolution artistique, intellectuelle et sexuelle, celle de la Beatlemania et du disco, du Studio 54 de Warhol et du Chelsea Hotel, du scandale du Watergate et d’une décennie de violences.

Questions de Belfond à Ariane Bois :

« Belfond : Ariane, votre nouveau roman, Dakota Song, paraîtra le 30 mars. Pourriez-vous nous raconter la genèse du projet ? Comment l’idée d’écrire sur le Dakota, célèbre immeuble à New-York, vous est-elle venue ?
Ariane Bois : J’ai toujours aimé Lauren Bacall et je comptais écrire sur « The Look » comme on l’appelait, son mariage avec Humphrey Bogart, son implication dans la lutte contre le maccarthysme aux États-Unis. Quand elle est décédée en août 2014, j’ai commencé à lire ses autobiographies, à me renseigner sur elle. Et je me suis rendue compte que plus que sa vie, c’était son immeuble, le Dakota, qui me subjuguait. Bacall avait pour voisins Rudolf Noureev, John Lennon ou Judy Garland. J’ai vite compris que je voulais raconter l’histoire de ce lieu mythique à New York.

Belfond : Le Dakota est avant tout célèbre pour ses résidents, dont vous faites le portrait… En quelques mots, comment présenteriez-vous vos personnages ?

A.B : Comme dans Le gardien de nos frères, mon précédent roman, j’ai pris le parti de mélanger des personnages bien réels à des êtres de fiction. J’ai donc utilisé d’heureux propriétaires du Dakota, comme John Lennon, la chanteuse Roberta Flack, Leonard Bernstein, le père de West Side Story, le danseur Rudolf Noureev, et j’y ai mêlé des anonymes que j’ai inventés. Dans l’immeuble Shawn, Nigel, Abigail, Nathan, Tyler, Andrew, Cherie, Becky font une ronde, se croisent, s’aiment et se détestent tour à tour…

Belfond : Dans vos romans se déplie souvent une fresque sociale, et l’on sait que vous faites des enquêtes très fouillées… Cette approche « véridique » est-elle importante pour vous ? Pourriez-vous nous parler un peu de votre démarche d’enquêtrice ? Par exemple, avez-vous rencontré le personnel du Dakota ?

A.B : Oui, je suis grand reporter et j’ai adoré ce métier, qui m’a beaucoup aidée pour celui de romancière. J’aime écrire des histoires où je m’immerge : c’était le cas avec Le gardien de nos frères qui racontait le destin d’un jeune résistant qui, après la guerre, partait à la recherche des enfants juifs cachés par des parents qui ne reviendraient pas. Ici, j’ai travaillé quatre mois sur des photos, des documents, des plans même et je suis allée deux fois à New York. J’ai eu la chance de pénétrer au Dakota qui est une propriété complètement fermée grâce à des amis new-yorkais qui y connaissaient quelqu’un et d’être invitée dans un appartement. J’ai échangé avec le portier, le liftier, le responsable du courrier mais sans dire que je préparais un livre sur le sujet…
En me promenant dans les couloirs, j’ai ressenti une curieuse impression, celle de me balader entre mes pages. Le Dakota est en effet un personnage à part entière de cette histoire, avec ses particularismes – c’est un château médiéval en plein Manhattan –, ses habitants célèbres, ou non, et même ses fantômes !

Belfond : Et d’un point de vue plus technique, sans toucher à vos secrets d’écrivain, est-ce que l’écriture et l’enquête sont deux étapes bien distinctes ? Comment procédez-vous ?

A.B : Oui, j’ai besoin d’un socle pour écrire, la documentation en est un, bien solide. Après ces quatre mois, j’ai commencé à établir des dossiers sur chaque personnage : Dakota Song est un roman choral, avec des voix diverses : un psychanalyste, une femme au foyer, un enfant maltraité, un professeur à Columbia, un jeune portier noir dans un monde de blancs, une jeune femme en mal d’enfant, un célèbre publicitaire : il fallait à tous donner une voix, un ton, une silhouette, une existence physique et mentale. Après seulement, j’ai pu me lancer dans l’écriture de ce gros roman qui m’a pris un an !

Belfond : Qu’évoquent pour vous les décennies des années soixante-dix, qui traversent le roman ? En particulier, comment abordez-vous la ville de New-York, où vous avez vécu, à cette époque mouvementée ?

A.B : Je suis arrivée à New York au début des années 1980 pour étudier le journalisme à New York University, c’était encore une ville dangereuse, et certains quartiers, aujourd’hui très à la mode, étaient totalement interdits la nuit par exemple ! Les années 1970, ce sont des années folles : la ville sombre dans la faillite, le crime, la drogue sont partout, pensez au film Taxi Driver, mais c’est aussi une période de grande créativité, sexy en diable. Andy Warhol, Lou Reed, Patti Smith, Noureev, Bianca Jagger se retrouvent aux plus belles fêtes du siècle du Studio 54. J’ai interviewé une trentaine de new-yorkais qui m’ont raconté « leurs » années 1970.

Belfond : De nombreux points de vue se croisent dans votre roman : pourquoi ce choix narratif ?

A.B : Il s’est imposé à moi : je voulais entendre ces différentes voix et les faire se croiser : un roman choral permet ainsi à chacun de s’exprimer, même si dans ma tête régnait parfois, je l’avoue, une certaine cacophonie ! Je voulais aussi un traitement comparable aux séries américaines : chaque chapitre consacré à un personnage peut être vu comme un épisode. J’avais envie de jouer avec les codes, de redistribuer l’espace narratif . Je me suis beaucoup amusée dans ce livre et je crois que cela se sent.

Belfond : Pour finir, le point de vue de Shawn, jeune homme noir de Harlem, met en perspective la vie luxueuse des résidents du Dakota… comment s’est construit ce personnage attachant, pouvez-vous nous en dire plus sur ce jeune homme ?

A.B : J’adore Shawn, c’est un garçon de 19 ans qui vient de Harlem, qui n’a pas connu son père et qui vit de manière très modeste. Il est ébloui par le faste du Dakota mais il ne perd pas son âme : il cherche à rester lui même dans un monde qui change. Fermé et désespéré au départ à cause d’une tragédie, dont je ne dirai rien, il va s’ouvrir progressivement car certains personnages vont l’aider à ses construire, lui tendre la main. Je voulais parler du Dakota de différents points de vue, dont celui des gens qui y travaillent, et du racisme, du sexisme aussi, qui dans les années 1970 sont très importants dans la société américaine. Le Dakota, c’est un condensé de l’Amérique dans ce qu’elle a de meilleur et de pire !

Belfond : Merci beaucoup ! »

Vidéos : http://www.belfond.fr/auteur/ariane-bois/videos

Dakota Song : une page de la vie du New York des années 70, un récit rythmé, un roman à dévorer !

« J’aime New York bien que ce ne soit pas à moi. » Truman Capote

Grand reporter et critique littéraire, Ariane Bois a déjà publié quatre romans, Et le jour pour eux sera comme la nuit (Ramsay, 2009 ; J’ai lu, 2010), Le Monde d’Hannah (Robert Laffont, 2011 ; J’ai Lu 2014), Sans oublier (Belfond, 2014) et Le gardien de nos frères (Belfond, 2016). Tous quatre ont été salués unanimement par la critique, par sept prix littéraires, et traduits à l’étranger. Pour Le Gardien de nos frères (Belfond, 2016), elle a notamment reçu le Prix Wizo 2016. Dakota song est son cinquième roman.

Dakota Song. Ariane Bois. Roman © Éditions Belfond, 2017. 441 pages. 13 cm x 19 cm. € 20,00.

ISBN : 978-2-7144-7541-1

Publié par Félix José Hernández.