Paris le 13 novembre 2016.

L’exposition rassemble cinquante costumes et accessoires du vêtement du Premier Empire rarement présentés du fait de leur extrême fragilité.

Cette collection exceptionnelle est la seule à réunir autant de pièces textiles ayant appartenu à l’impératrice Joséphine, et à sa fille Hortense, dans le lieu même où elles vécurent.

Elle comporte avant tout des œuvres dispersées par le temps et les circonstances politiques, puis retrouvées et acquises par des collectionneurs et des amateurs. Il en résulte un ensemble de pièces somptueuses et de souvenirs émouvants qui s’entrecroisent pour tisser un peu de l’histoire de Joséphine Bonaparte.

Parler de la garde-robe de l’Impératrice, c’est souvent montrer ses folies en matière de mode, et son goût pour les innovations du couturier Hippolyte Leroy qui a su si bien la comprendre, au même titre que Rose Bertin avec Marie-Antoinette. Au-delà des éclats superficiels, le visiteur découvre son élégance en suivant le fil, parfois discontinu, des souvenirs d’une vie d’impératrice.

Le parcours de l’exposition débute dans la salle des atours, lieu authentique où étaient rangés les vêtements de Joséphine. Il propose ensuite une mise en scène de somptueuses robes et manteaux de cour. Ses robes de jour assorties de leurs accessoires (châles, chaussures…) sont enfin présentées, ainsi que des robes provenant de familles aisées, reflets de celles que Joséphine et Hortense auraient pu revêtir.

Entrer dans la salle des atours au deuxième étage du château de Malmaison est une façon de remonter le temps.

Les placards qu’à connu l’Impératrice sont toujours en place, et en les ouvrant on imagine sur les étagères les robes, dentelles, soieries, chapeaux, gants, bas et chemises soigneusement emballés et mis à l’abri derrière des rideaux. Dans la pièce était présente une grande table en chêne, sans doute destinée à déployer les vêtements ou à les replier, mais aussi trois chaises et une grande échelle en chêne.

L’inventaire après décès de l’Impératrice en 1814 nous livre des listes impressionnantes de robes et d’accessoires à la disposition de la souveraine, pour laquelle tous les jours la garde des atours et les femmes de chambre emplissaient de grandes corbeilles à lui descendre dans son appartement pour son choix journalier.

Joséphine ne montait dans cette pièce qu’une fois par an lors de la réforme de sa garde-robe qui permettait, selon une tradition royale déjà présente au XVIIIe siècle, de redistribuer à son entourage les pièces dont elle n’avait plus l’usage.

Parmi les 230 robes, 100 châles, ou encore 450 chemises, 369 paires de bas, 876 mouchoirs, rangés dans ces placards en 1814, le château conserve encore aujourd’hui des éléments somptueux et évocateurs.

D’autres ont par contre totalement disparus, comme les 44 chapeaux, les 32 cartons contenant des garnitures de robes, coiffures, bouquets. les fourrures qui garnissaient ses vêtements (manteaux, redingotes, pélerines, bottes, manchons) comme l’hermine, la zibeline, le chinchilla, mais aussi le renard jaune ou blanc, la vigogne, la martre, autant de noms évocateurs d’une garde-robe princière.

Conservés par la famille impériale d’une génération à l’autre, mais aussi par les descendants de ceux qui entouraient l’impératrice, ou recueillis par des passionnés de l’Empire, c’est grâce à tous ces collectionneurs que l’on peut aujourd’hui exposer ces textiles précieux dans les lieux même où ils se déployaient.

Si Louis- Hippolyte Leroy est très probablement le principal marchand de mode de l’Impératrice comme en témoignent les fabuleuses sommes qui lui étaient allouées chaque année, il ne faut pas oublier les autres fournisseurs dont le rôle n’était pas négligeable.

En effet l’Impératrice se devait de soutenir le commerce du luxe en s’adressant à de multiples commerçants qui bien sûr la sollicitaient en permanence pour lui présenter leurs dernières nouveautés.

Cela ne l’empêcha pas de rester fidèle à Madame Germon chez qui elle et sa fille Hortense s’habillaient déjà sous le Consulat, mais aussi à Madame Raimbaud, associée à Leroy au moment du Sacre, ainsi qu’à Mesdames Despaux et Guérin, toutes marchandes de mode.

Elle achetait également de nombreux articles chez des marchands de nouveautés, mais aussi aux marchands de soieries dont le célèbre Le Normand, déjà fournisseur de Marie-Antoinette, et elle faisait l’acquisition de dentelles fort coûteuses.

Si Joséphine appréciait l’inventivité et l’assurance de Leroy, ce n’était pas le cas de ses proches. Napoléon lui-même ne se gênait pas pour l’éconduire de façon abrupte, et Mademoiselle Avrillion, femme de chambre de l’Impératrice, n’avait pas de mots assez durs pour qualifier son attitude. « C’était bien le plus impudent et le plus insupportable faquin qui ait jamais existé ; sans esprit, sans aucune espèce d’éducation, il poussait si loin la fatuité et l’affèterie, alors à la mode, dans son langage et dans ses manières, que Picard le mit en scène sous le nom de M. Crépon, dans sa comédie […]. Dans son genre, Leroy était aussi ambitieux que qui que ce soit ait pu l’être : il aurait voulu tout accaparer à lui seul, tout fournir à la cour ; pour supplanter les autres fournisseurs, tous les moyens lui étaient bons : mais l’Impératrice avait trop de justice pour ne pas l’arrêter dans ses envahissements ».

Plus préoccupé par sa carrière que par la fidélité à ses clientes, il traita Joséphine après le divorce avec beaucoup d’ingratitude et ne réussit pas à s’imposer auprès de la nouvelle Impératrice. Aujourd’hui il est difficile d’attacher son nom à des vêtements précis parmi ceux qui sont conservés, mais le luxe de certaines des robes de cour exposées laisse imaginer les créations disparues de l’un des premiers couturiers parisiens.

Dans les armoires de  l’impératrice Joséphine,  la collection de costumes féminins du  château de Malmaison. 7 décembre 2016 – 6 mars 2017. Musée national des châteaux de Malmaison et  Bois-Préau.

Cette exposition est organisée par le musée national des  châteaux de Malmaison et Bois-Préau. Commissaire:  Céline Meunier, conservateur en chef du patrimoine.

Aux éditions Artlys : Catalogue de l’exposition, 20 x 30 cm , 80 pages, 60 illustrations, 19 €. Contact presse : Réunion des musées nationaux, Grand Palais, Florence Le Moing.

Publié par Félix José Hernández.

 

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