Derrière le rideau du Paradis Latin de Paris

Le French Cancan © Paradis Latin, Baheux.

Paris le 27 avril 2017.

18h. Etonnamment, le Paradis est silencieux, ou presque. Les tapisseries rouges atténuent les premiers bruits, encore ténus, de la machine à divertir. Dans les ateliers,- deux étages sous la scène – les ciseaux et les aiguilles de Philippe, le chef costumier, rejoint bientôt par ses couturières, glissent pourtant depuis deux heures déjà sur des costumes à ajuster, des sequins à refixer, des perruques à étoffer… A l’autre bout du théâtre, les fourneaux, en cuisine, grimpent en température.

19h30. Retour en sous-sol. Les loges des artistes. Franck, qui est à la revue ce que Monsieur Loyal est au cirque ( « C’est aussi parfois le cirque ici ! », grogne-t-il à l’occasion, prenant le risque d’affronter une serviette ou une brosse de danseuses qui volent pour sanctionner son impertinence ) Monsieur Franck donc, qui a son espace personnel, jette un vingtième et dernier coup d’œil sur son maquillage à paillettes, puis grimpe quatre à quatre les deux étages qui conduisent sur la scène, de là dans la salle, enfin dans le hall d’accueil. Ici, il va remplir la première moitié de sa mission : accueillir les « visiteurs du soir » – moins poétiquement : les spectateurs.

20h20. Isshogai, l’un des « grands » de la photographie de mode, se restaure ( saumon fumé, verre de vin, après un long shooting sous la grande coupole « historique » du plafond mezzanine. En veine de confidences : « Cet endroit est dingue. Peut-être le plus beau cabaret que j’ai vu de ma vie !». Sur scène, derrière le rideau, ombres chinoises de danseuses effectuant les dernières mises en place.

21h15. « Quinze minutes », annonce le haut-parleur dans les loges des artistes. On commence à enfiler les costumes, à fixer les perruques. Maeva, une des danseuses, s’est fait une contracture douloureuse à hauteur des reins, la veille, dans « Divines marquises ». Explication : « Beaucoup de portés dans ce tableau. Parfois le corps proteste ! » Elle révise avec Vanina, la dance captain, quelques nouveaux pas qui soulageront son dos.
21h20. Le haut-parleur : « Dix minutes ». Les sweat-shirts tombent, les (jolis) seins nus des danseuses topless apparaissent. La routine…

21h30. Début du show. La musique lance la revue. Au Paradis, comme il se doit, la vérité tombe du ciel. Dana / Ève monte dans sa nacelle. Descente lente pendant qu’en coulisses les filles se ruent pour rejoindre la scène. Les danseurs y sont déjà, vêtus en jardiniers. L’un révise ses claquettes, l’autre ajuste son nœud « pap» et son « foutu string » (sic), un troisième, manipule son arrosoir ( il ne doit pas l’utiliser souvent à la maison ). Le rideau amorce son lever… C’est parti pour quatorze tableaux dansés, des chansons, des attractions. Plus de deux heures de rêve.

21h42. Comme des abeilles rose bonbon, – espèce rare – filles et garçons entrent et sortent de scène, changent de costume à une vitesse effarante, que freine à peine un éventuel incident. Sandra, blonde, jambes sans fin, peste contre la clim; Philippe, chef costumier de profession et pince sans rire de vocation lui propose de lui faire un « string en moumoute » pour le lendemain. Commentaire de Max, le danseur russe, dont l’oreille trainait : « Très bon contre rhume de cerveau ».

21h58. Dans les loges. Fin de la courte pause accordée aux filles par le numéro de serveur équilibriste déjanté d’Angelo. Vanina, tout en fredonnant la musique que le haut parleur diffuse « musique qu’elle a entendue environ 1460 fois depuis qu’elle danse ici », se fabrique un chignon parfait en vingt six secondes.

22 h14. Dana, la meneuse, Vénus de Milo pour la beauté, made in Roumanie pour l’origine, British pour l’humour, répète ses positions de bikram yoga dans sa petite loge particulière : « C’est ma passion après la danse. J’ai le temps de le bosser un peu pendant le spectacle ». Traditionnellement, si le rôle de meneuse est le plus visible d’une revue, ses présences en scène sont plus rares que pour n’importe lequel des autres danseurs et danseuses. D’où la position du lotus de Dana entre deux partitions d’Offenbach.

22h17. C’est le numéro de Christopher, le trapéziste. Interdit de survol des tables à ses débuts , il a imposé sa conception du trapèze volant en salle. C’est un des piliers du Paradis, au même titre que les colonnes métalliques d’Eiffel qui soutiennent la mezzanine. Mais ça ne rate jamais : depuis les serveurs en salle jusqu’aux techniciens, qui le reste du temps, tirent des poulies où poussent des décors, quand il vole, tout le monde est scotché le nez en l’air. Franchement, il y a de quoi !

22h35. Dana et Nikolaï de très bons danseurs classiques exécutent un impressionnant pas de deux. Dos au public pour un instant, portant Dana au ciel au bout de ses bras, il tourne discrètement la tête vers les coulisses offre une grimace du plus bel effet à la pléiade de marquises en grand habit qui va bientôt entrer en scène.

22h48. Le Cancan ! L’oriflamme, depuis plus d’un siècle de la grande revue française. Clairement le moment préféré des danseurs, sans doute parce qu’il est le plus acrobatique et le plus spectaculaire. « Chauffés », les artistes s’en donnent à cœur joie : les filles crient, les garçons tournoient, bouquet tourbillonnant de couleurs et de rires. Éclatant. Depuis un siècle.

22h54. C’est le Final. Toutes les filles, métamorphosées en anges blancs par la magie des sorcières habilleuses, occupent le plateau. Les danseurs sont rejoints par des garçons de la Brigade de salle en fracs blancs. Tout le monde chante. Les ballons et les pétales tombent du ciel, en ondée rose. Pluie de paradis !
23h06. Le rideau est tombé. L’ambiance est déjà « hyper cool » en loge. En se démaquillant, les filles échangent des confidences (« Je n’arrive pas à lui dire ce que je pense, parce que je ne sais pas ce que je pense. Qu’est-ce que t’en penses ? »). Exode de corps dénudés vers la douche !

23h30. Le public a quitté la salle. Les filles, cheveux tirés et teint frais, sortent une à une, saluées par Sidney Israël, le président qui veille au grain, « Ici, tous les jours, de 9 h à 2 h du matin, depuis 40 ans : pas d’autre secret ! » Certains artistes se regroupent pour aller dîner. D’autres choisissent de rentrer chez eux. Mais personne ne dormira tout de suite. Au paradis on vit la nuit. Et on recommence le lendemain.
Voici la revue du Paradis Latin. Le cabaret se transforme en un jardin magique où les danseuses fleurs et les danseurs vous entraînent dans une farandole de tableaux, pleins de surprises, de gaieté, de manèges enchantés, de bals masqués, de comédies musicales à grand spectacle et de ballets modernes :

Paradis Latin Cabaret – A Night In The Garden of Paradise :

Le Paradis Latin. Au coeur de Paris, dans le cinquième arrondissement, à deux pas de Notre-Dame et du Panthéon, à 300 mètres de la Tour d’Argent. Construit par Gustave Eiffel en 1889 et classé patrimoine historique de la capitale présente son spectacle surprenant. « Paradis à la Folie ». Une revue pétillante avec un French Cancan époustouflant, une cuisine et un service de qualité vous garantissent un moment inoubliable dans le plus Parisien des Grands Cabarets.

Accès métro: Cardinal Lemoine ou Jussieu. Parking: Maubert Saint-Germain.
Dîner à 20 heures, spectacle à 21h30.
28 rue du Cardinal Lemoine. Tél : + 33 (0)1 43 25 28 28.

paradislatin@paradislatin.com

Publié par Félix José Hernández