Des Grands Moghols aux Maharajahs. Joyaux de la collection Al Thani

Paris le 13 avril 2017.

L’exposition Des Grands Moghols aux Maharajahs : Joyaux de la collection Al Thani se propose d’ouvrir aux visiteurs les portes d’un somptueux univers, celui du bijou indien et de son histoire, de la période moghole à nos jours. Plus de deux cent cinquante pièces exceptionnelles de la collection Al Thani y seront associées aux prêts consentis par de prestigieuses institutions et collections particulières pour retracer plus de cinq siècles d’évolution du bijou, du goût et du travail des pierres précieuses. Des diamants indiens chargés d’histoire, parmi les plus célèbres du monde, côtoieront, dans un cadre tout à la fois épuré et envoûtant, de spectaculaires objets d’art et des bijoux légendaires.

L’exposition mettra en lumière les grandes étapes de l’histoire de la joaillerie dans le sous-continent. Le XVIIe siècle fut un premier âge d’or, les ateliers jouissant alors du mécénat éclairé des empereurs moghols. Vinrent ensuite les temps plus sombres du chaos politique et des débuts de la colonisation au XVIIIe siècle, avant que l’âge des Darbâr, ces fastueuses cérémonies organisées sous l’égide du Raj britannique, n’offre à nouveau aux monarques indiens l’occasion de révéler au monde leurs somptueuses parures.

La bijouterie indienne sera également replacée dans son contexte d’origine, l’opulente et complexe culture des cours princières indiennes, au sein desquelles pierres et métaux précieux qui abondaient dans le sous-continent favorisèrent le développement d’une tradition très sophistiquée de l’ornement et de la parure. Pénétrant dès l’abord dans les secrets du Trésor Royal, le visiteur verra défiler sous ses yeux un exceptionnel ensemble de gemmes directement liées à la dynastie impériale : le diamant Agra, l’Œil de l’Idole et l’Arcot II, tous issus des légendaires mines de Golconde. Émeraudes et spinelles, parfois gravés du nom et des titres du souverain qui les eut autrefois en sa possession, leur seront associés.

L’exposition s’articule autour de deux axes directeurs: le raffinement artistique de l’Inde moghole et le dialogue instauré avec l’Europe par le biais des échanges stylistiques et techniques qui unirent ces deux parties du monde dès la Renaissance.

Le jade et le cristal de roche étaient également fort prisés à la cour des empereurs moghols et la deuxième section de l’exposition leur sera consacrée. Y seront présentées certaines pièces d’intérêt majeur. La coupe de l’empereur Jahangir, gravée de quelques vers persans qu’accompagnent les titres du monarque, est actuellement considérée comme le plus ancien jade moghol daté. La dague de Shah Jahan porte quant à elle, incisé sur la lame, le titre de l’empereur. Les jades indiens étaient particulièrement appréciés en Chine, comme en témoigne le poème que fit graver l’empereur Qianlong sur une délicate coupe à opium ornée d’une tête d’ibex.

La joaillerie indienne se distingue par l’emploi d’émaux polychromes d’un grand raffinement et par une technique très particulière de sertissage des pierres à l’or, le kundan, qui permet d’éviter le recours aux griffes et autres montures dont use la bijouterie occidentale. La troisième section de l’exposition évoquera ces deux aspects par le biais d’une sélection d’objets issus des régions les plus diverses du sous continent. L’écritoire en or massif sertie de pierres précieuses qui figurera dans l’exposition correspond à un type d’objet autrefois utilisé dans les plus hauts cercles de la cour pour la rédaction des décrets impériaux. Il n’en subsiste aujourd’hui que de très rares exemples mais les peintures en ont conservé le souvenir. Seront également réunis les épis de couronnement en tête de tigre du célèbre trône de Tipu Sultan. Parmi les autres pièces exceptionnelles présentées dans cette partie de l’exposition, se trouvera un superbe ensemble d’objets émaillés vert, datés du XVIIIesiècle, issus des ateliers de Hyderabad, et destinés aux rituels des audiences de la cour. Le musée de l’Ermitage prêtera par ailleurs un repose-pieds serti de pierres précieuses, autrefois dans le trésor impérial moghol et qui fit partie du butin pris par les troupes de Nadir Shah lors du sac de Delhi en 1739.

La quatrième section, consacrée aux regalia et à la parure, comportera un spectaculaire ensemble d’ornements de turban datés du XVIIe au XXe siècle. Centrée sur le goût raffiné des cours princières à l’époque du Raj britannique, cette présentation inclura également de somptueux colliers de diamants ainsi que quelques pièces de joaillerie de qualité exceptionnelle, comme l’épée d’apparat du Nizam de Hyderabad et le Dais de perles de Baroda.

Les liens avec l’Europe entreront en scène à cette étape du parcours, avec une somptueuse sélection de bijoux conçus par les plus grands joaillers européens pour les cours princières de l’Inde ou sous inspiration indienne. On verra dans cette section la magnifique aigrette émaillée en forme de paon créée par Mellerio, dits Meller, et achetée par le Maharajah Jagatjit Singh de Kapurthala. Le Maharajah Bhupinder de Patiala était un patron particulièrement important, et parmi ses multiples acquisitions présentées dans cette exposition se trouvent un collier de diamants cérémonial spectaculaire réalisé pour lui-même, ainsi qu’un ras-de-cou en rubis créé pour l’une de ses femmes. Egalement exposées sont deux des créations les plus spectaculaires de Cartier pour le Maharajah Digvijaysinhji, fils du Maharajah Ranjitsinhji de Nawanagar qui était lui-même fin connaisseur de pierres précieuses et entretenait d’étroites relations avec Jacques Cartier: l’« Oeil du Tigre », exceptionnel diamant de couleur cognac monté en ornement de turban et un superbe collier Art Déco réalisé avec des rubis appartenant au trésor royal.

L’exposition se terminera sur un hommage à la création contemporaine, avec des bijoux de joaillers indiens et européens dont l’inspiration se nourrit de la tradition indienne. Basé à Mumbai, Viren Bhagat combine ainsi les techniques et les matériaux actuels aux formes et aux décors ancestraux. Des œuvres issues de ses ateliers côtoieront des créations de Cartier et de JAR intégrant des gemmes anciennes, chargées d’histoire.

Commissaires : Dr Amin Jaffer, conservateur en chef, Collection Al Thani ; Amina Taha-Hussein Okada, conservateur général au musée national des arts asiatiques – Guimet. Scénographie : bGc Studio. Publication aux éditions de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, Paris 2017: catalogue de l’exposition, 400 pages, 370 illustrations, 24.5 x 29 cm, 49 € (disponible en version anglaise).

La bande-annonce de l’exposition « Des Grands Moghols aux Maharajahs Joyaux de la collection Al Thani » :

Exposition organisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, avec la collaboration du Musée national des arts asiatiques – Guimet. 29 mars – 5 juin 2017. Grand Palais, Salon d’Honneur.

Publié par Félix José Hernández.