Entre deux horizons. Avant-Gardes allemandes et françaises du Saarlandmuseum

Franz Marc, Blaues Pferdchen, Kinderbild [Petit Cheval bleu, tableau pour enfants], 1912. Saarlandmuseum Saarbrücken, Stiftung Saarländischer Kulturbesit.

Metz le 12 août 2016.

Projet de collaboration transfrontalier de grande envergure, l’exposition Entre deux horizons raconte plus de cent ans d’une histoire partagée – celle des influences croisées, des consonances et des dissonances artistiques entre la France et l’Allemagne – à travers le prisme d’une collection d’art.

Pontus Hultén, premier président du Centre Pompidou, affirmait que cette institution était « le résultat d’un effort sans précédent pour abattre les cloisons » entre les disciplines, mais aussi entre les États. À l’heure de l’exacerbation de la question des frontières de l’Europe et de la réforme territoriale en France, cette exposition ambitieuse prend une résonnance toute particulière. L’exposition Entre deux horizons s’inscrit dans la lignée du projet historique Paris-Berlin, organisé en 1978 au Centre Pompidou, tout en soulignant la perméabilité culturelle qui a tant façonné le visage de la Grande Région, jadis pomme de discorde franco-allemande.

S’il est vrai que les fonds étrangers des musées d’un pays sont le miroir des relations diplomatiques qu’il entretient, les avant-gardes allemandes du début du XXe siècle sont sous-représentées, voire quasiment absentes des collections françaises, et ce pour des raisons historiques. La défaite française, à l’issue de la guerre franco-prussienne, engendre, en 1871, la naissance de l’État-nation allemand et la proclamation de Guillaume Ier empereur. Le lieu choisi pour la cérémonie est un pied de nez impertinent à la France : la galerie des Glaces du château de Versailles.

L’époque est aux nationalismes et à l’affrontement, des deux côtés du Rhin, et, pendant des décennies, le domaine artistique n’y fait guère exception. Car, pour une partie des politiques, des intellectuels et mêmes des artistes, c’est précisément par oppositions idéologiques que se définissent les deux cultures voisines de la fin du XIXe siècle et pendant une bonne partie de la première moitié du XXe siècle.

Entre deux horizons propose une lecture chronologique de cette histoire passionnante et complexe jusqu’à l’ère contemporaine. Car, bien que l’environnement politique et culturel ait été parfois hostile aux échanges d’idées entre l’intelligentsia française et allemande, des esprits libres – des artistes tels que Max Liebermann, August Macke, Vassily Kandinsky, Max Ernst ou Willi Baumeister ; des historiens comme Hugo von Tschudi, Julius Meier-Graefe et Carl Einstein ; des collectionneurs, à l’instar des Bernstein ou du visionnaire Karl Ernst Osthaus ; des éditeurs et galeristes comme les cousins Bruno et Paul Cassirer ou le grand Herwarth Walden – partagent la même fascination pour la France et ont l’audace de devenir des passeurs d’idées et des promoteurs du renouvellement de l’art dans la jeune nation qu’est alors l’Allemagne.

Installée près de la frontière franco-allemande, la collection du Saarlandmuseum recèle de véritables chefs-d’œuvre issus des deux rives du Rhin. Elle se prête idéalement à la découverte ou à la redécouverte de cette histoire et de grands mouvements de l’art qui, à l’instar de l’expressionisme allemand, s’avèrent souvent ignorés des musées français. Ses fonds reflètent les oscillations du territoire qui les a vus naître. Au cours du XIXe siècle, la Sarre fut en effet séparée à deux reprises et pendant plusieurs années de l’Allemagne pour être associée à la France, à la suite de la Première, puis de la Seconde Guerre mondiale.

Au sein de la collection, l’une des plus importantes du sud-ouest de l’Allemagne, se côtoient les tableaux impressionnistes d’Auguste Renoir et de Max Liebermann ; le « fauve » André Derain faitface aux peintures et gravures flamboyantes des expressionnistes Ernst Ludwig Kirchner et Emil Nolde. La collection retrace également le dialogue fertile entre Robert Delaunay et les membres du collectif Der Blaue Reiter, dont Franz Marc et August Macke ou encore l’amitié de Fernand Léger et Willi Baumeister malgré les tourments de la guerre.

À partir de 1952, époque où la Sarre est tout d’abord, en tant qu’État autonome, placée sous protectorat français avant d’être réintégrée en 1957 à la nouvelle République fédérale d’Allemagne, l’Abstraction lyrique française fait, avec Roger Bissière, Serge Poliakoff et d’autres, tout comme l’Art informel allemand, son entrée dans la collection. Aux protagonistes du groupe ZERO et du Nouveau Réalisme, succède une mise en perspective contemporaine d’artistes tels que Damien Deroubaix et Jonathan Meese.

Le parcours se compose d’environ 230 peintures, sculptures, estampes et photographies du Saarlandmuseum, complétées par une importante documentation, essentiellement issue des fonds de la Bibliothèque Kandinsky du Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, qui illustre le contexte historique.

Entre deux horizons constitue l’une des étapes du Grand Tour, agenda culturel de 40 étapes sur tout le territoire national. Cette initiative, organisée par Olivier Poivre d’Arvor, ambassadeur chargé de l’attractivité culturelle de la France, est parrainée par l’actrice Isabelle Huppert, sous le patronage de Jean-Marc Ayrault, ministre des Affaires étrangères et du Développement international.

Entre deux horizons. Avant-Gardes allemandes et françaises du Saarlandmuseum. Du 29 juin 2016 au 16 janvier 2017. Centre Pompidou-Metz. Galerie 3.Commissariat : Dr Roland Mönig, directeur du Saarlandmuseum, commissaire général de l’exposition ; Dr Kathrin Elvers-Svamberk, directrice adjointe du Saarlandmuseum, et Alexandra Müller, chargée de recherches et d’expositions, Centre Pompidou-Metz, commissaires.

Catalogue de L’Exposition sous la direction d’Alexandra Müller. Editions du Centre Pompidou-Metz. Format: 216 x 288 mm. 208 pages. ISBN : 978-2-35983-043-9

Publié par Félix José Hernández.