Fantin-Latour . À fleur de peau

Henri Fantin-Latour, Prélude de Lohengrin, 1892, huile sur toile ; 102 x 71,5 cm, collection particulière © Collection particulière

Paris le 9 novembre 2016.

Première rétrospective de l’œuvre de Henri Fantin-Latour (1836-1904) à Paris depuis l’exposition de référence consacrée au peintre dans les galeries nationales du Grand Palais en 1982, cette exposition met en lumière les œuvres les plus emblématiques d’un artiste surtout connu pour ses natures mortes et ses portraits de groupe, et révèle également la part importante occupée dans son œuvre par les peintures dites « d’imagination ».

Très attaché dès sa jeunesse à la restitution fidèle de la réalité, Fantin-Latour explora également, avec délectation, une veine plus poétique qui le rapproche des symbolistes. L’exposition, qui embrasse toutes les facettes de cette riche carrière, propose un parcours dense rassemblant plus de cent vingt œuvres, tableaux, lithographies, dessins et autres études préparatoires.

Suivant un plan chronologique, l’exposition s’ouvre sur les œuvres de jeunesse de l’artiste, en particulier les troublants autoportraits qu’il réalise dans les années 1850-1860. Confiné dans l’atelier, Fantin-Latour trouve alors ses sources d’inspiration au cœur de son intimité : modèles captifs, ses deux soeurs sont mises en scène en liseuses ou en brodeuses, tandis que les natures mortes savamment composées des années 1860 révèlent, déjà, les qualités d’observation exceptionnelles du jeune artiste.

Les coups d’éclat de la décennie 1864-1872, période charnière dans le travail de Fantin-Latour, sont mis en lumière dans la seconde partie de l’exposition. Mu par de grandes ambitions, le jeune artiste travaille alors intensément, innovant avec panache dans le domaine du portrait de groupe. Avec l’Hommage à Delacroix, le premier de ses grands portraits de groupe, il inscrit son nom dans l’histoire d’une certaine modernité, aux côtés de Delacroix ou de Manet. Avec Le Toast (1864-1865), Un atelier aux Batignolles (1870) et Coin de table  (1872), il multiplie les œuvres à valeur de manifestes.

La troisième partie de l’exposition présente les séries de natures mortes et de portraits que l’artiste réalise entre 1873 et 1890. À l’exception des portraits de commande, qui se raréfient peu à peu dans son œuvre, il qualifie lui-même la plupart de ces toiles d’« études d’après nature ». Les somptueux portraits de fleurs qu’il brosse alors par dizaines témoignent d’un talent rare dans la composition des bouquets autant que d’une exceptionnelle virtuosité dans le rendu des matières. Ses portraits, qu’ils soient posés ou plus intimistes, illustrent eux aussi un sens aigu de l’observation.

L’artiste se lasse pourtant peu à peu des portraits et des natures mortes, ainsi que le révèle la quatrième partie de l’exposition. « Je me fais plaisir » : par cette phrase écrite dans une lettre à son ami et marchand Edwards en 1869, Fantin-Latour évoque les œuvres dites « d’imagination » qui occupent une part croissante dans son œuvre au fil des années. Nourries de sa passion pour la musique, inspirées par des sujets mythologiques ou odes à la beauté du corps féminin sous couvert de chastes allégories, ces œuvres révèlent un visage moins connu de l’artiste.

Entre l’austérité des portraits familiaux, la richesse des natures mortes et la féerie des tableaux d’imagination se dessine ainsi un personnage tout en nuances, dont la personnalité complexe se trouve éclairée par l’abondante correspondance qu’il entretint avec plusieurs de ses amis et artistes de l’époque. L’exposition innove d’ailleurs en consacrant une salle au processus créatif de Fantin-Latour qui, centrée sur L’Anniversairepeint en 1876, présente en parallèle peintures, dessins et lithographies retravaillées à de nombreuses reprises. Cette rétrospective est enfin l’occasion de dévoiler au public un corpus de photographies inédit, saisissant répertoire de formes pour l’artiste.

Au-delà de la mise en lumière du genre traditionnellement mineur de la nature morte, érigé par Fantin-Latour en véritable portrait de fleurs, l’exposition souhaite brosser l’image d’un artiste en prise avec les débats de son temps, entre passion du réel et besoin d’évasion, qui a su s’imposer, malgré sa discrétion, comme une figure marquante de son siècle.

Fantin-Latour. À fleur de peau.14 septembre 2016 – 12 février 2017. Commissariat : Laure Dalon, conservateur à la Rmn – Grand Palais, adjointe au directeur scientifique ; Xavier Rey, conservateur au musée d’Orsay, et Guy Tosatto, directeur du musée de Grenoble. Musée du Luxembourg, 19 rue Vaugirard, 75006 Paris.

Cette exposition est réalisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais et le musée de Grenoble, en collaboration avec le musée d’Orsay.  Elle sera présentée du 18 mars au 18 juin 2017 au musée de Grenoble.

Publications aux éditions de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, Paris 2016:

– Catalogue de l’exposition, 22,5 x 26 cm, relié, 256 p., 240 ill., 35 €

– Album de l’exposition, 21 x 24 cm, broché, 48 p., 45 ill., 10 €

Publié par Félix José Hernández.