Helmut Berger autoportrait

Paris le 17 novembre 2017.

Le grand Luchino Visconti créa Helmut Berger. Un magnifique livre ! Dans ses pages nous pouvons lire tout sur la vie d’un être aussi beau qu’un dieu grec. Ses nombreuses photos nous montrent bien : ses amours, ses amis, ses excès et les passions vécues.

« C’est vrai, la vie m’a beaucoup gâté. Et à ceux qui ne retiennent que les scandales qui l’ont jalonnée, j’indique qu’ils rejoignent la liste des gens que j’ignore souverainement.

Ce livre revient au grand réalisateur Luchino Visconti. Peut-être qu’une fois parvenus à sa dernière page, les lecteurs auront compris que le monde n’est pas seulement rond et que le seul élixir de vie que je connaisse, c’est l’amour. »

Helmut Berger fut considéré connue «le plus bel homme du monde. Repéré en Italie par le réalisateur Luchino Visconti, il interprète pour ce dernier de grands rôles aux côtés de Romy Schneider, Elisabeth Taylor, Charlotte Rampling ou Burt Lancaster, des prestations inscrites dans la légende du cinéma. Les relations qui unissent alors l’acteur au cinéaste ne se limitent pas aux plateaux de tournage. Une passion s’installe entre le vieux maître et l’amant exalté. À la mort du metteur en scène italien en 1976, la carrière d’Helmut Berger décélère brutalement.

Personnalité cinématographique incontournable des années fastes, interprète de personnages sulfureux fêtard. invétéré, Berger finit par être victime de son image et de ses excès: puis vint la décadence, dont on fait parfois des chef, d’œuvres cinématographiques mais plus sûrement de mauvaises vies. Revenu de ses tourments, l’acteur autrichien se regarde dans un miroir autant que dans les souvenirs.
Le résultat en est cette autobiographie épicée, sauvage, où Helmut Berger transgresse tous les tabous. Au-delà de son parcours d’acteur et du récit désordonné de ses expériences, Berger raconte sans détour la variété de ses détestations, son exploration de toutes les formes de sexualité, son amour pour Luchino Visconti, et ses amitiés intensément vécues avec Rudolf Noureev, Grace Kelly, Aristote Onassis, Maria Callas, Stavros Niarchos, Jack Nicholson et bien sûr Romy Schneider.

« Rivalités.
Delon voulait vraiment me prendre le grand amour de ma vie, le cinéaste de génie, le si spirituel, le tendre et élégant Luchino Visconti. Delon n’avait rien à offrir, il voulait juste les meilleurs rôles. Il était jaloux de moi et enviait mon succès. Pour servir ses fins, il alla jusqu’à utiliser son fils Anthony. Il lui faisait écrire des mots d’amour à Visconti, avec son écriture d’enfant. Mais j’ai ruiné ses plans.
Un jour. Delon nous rendit visite. J’ouvris la porte et, pour l’énerver. je lui demandai quel était son nom. Prétextant ne pas le connaître, le lui claquai la porte au nez.

Je sus immédiatement qu’il allait recourir à tous les moyens pour faire avancer sa carrière. Ce fut l’alerte rouge car, bien évidemment. je craignais aussi pour ma relation avec Visconti.

Delon ne se démonta pas et sonna a la porte comme un enragé. Ce fut finalement le majordome de Luchino qui lui ouvrit. Il le laissa entrer et annonça la visite à Visconti. Luchino le reçut au salon. Énervé, je courus dans le dressing de Luchino pour y prendre tout son liquide. Je me fis alors conduire en ville par le chauffeur dans 1a Rolls-Royce pour faire les magasins et calmer la colère que l’impertinence de Delon avait déclenchée.

Le soir, j’expliquai mes craintes à Visconti et lui demandai de tenir dorénavant ses rendez vous professionnels avec le Français à l’hôtel. si ceux-ci étaient vraiment nécessaires. Peu de temps après, quand de nouvelles lettres de Delon contenant des déclarations d’amour cachées arrivèrent à la maison, je posai un ultimatum à Visconti. Non, je ne serai pas un cocu consentant ! »

« Le tragique de ma vie : veuve à 32 ans

Après la mort de Luchino, je reçus des centaines de lettres du inonde entier, mais seulement trois de Rome. Une de Flora Mastroianni (avec qui Luchino et moi étions amis) et de son mari Marcello, qui aurait aimé tourner un filme avec nous. La deuxième était une lettre merveilleuse de Virna Lisi et la troisième, de mon agent de ce temps-là, Carol Levy. Rien en provenance de ma bande, qui avait passé des vacances avec nous à Ischia. Tous les artistes romains avec lesquels Luchino et moi avions discuté et rigolé pendant des dîners dignes de Lucullus, Via Salaria. Que s’était-il passé ? Je n’en revenais pas.

On se mit soudain à dire que le style de Visconti avait vieilli. Que c’était has been. « Viscontien » devint une insulte. Alors que les films de Visconti étaient déjà devenus des classiques, certaines connaissances le mettaient au placard. Par jalousie ? Probablement. En tout état de cause, il ne pouvait plus les regarder sans reconnaître leur propre incapacité.

Le producteur de cinéma Dino De Laurentiis pérorait dans ce sens. Franco Cristaldi, le copain de Claudia Cardinale, prononçait des conneries similaires. Cela me blessa au dernier degré, quand bien même je vécus les années qui suivirent sa mort comune sous une cloche sans air. Sans Luchino, je n’étais que la moitié de moi-même. Et de toute façon, pour ces collègues, j’étais un acteur trop « viscontien » . Incroyable ! La qualité de ses films était probablement trop élevée pour la plupart de ceux qui jadis l’applaudissaient.

J’étais sans doute simplement « pourri » par Visconti, pourri par les belles choses de la vie, par le goût, le style, le design de ses films. Chez Visconti, pas de costumes loués pour les acteurs, comme je dus l’expérimenter par la suite. On concevait des costumes originaux, le cachemire était du vrai cachemire. Comment un acteur peut-il développer une sensibilité pour la scène si tout n’est que mensonge et imposture ? Chez Luchino, un jambon de Parme fichu au bout de trois jours n’était pas resservi pendant deux semaines pour les scènes suivantes. Les vases en cristal étaient vraiment en cristal. J’ai honte de devoir révéler des choses aussi gênantes sur les collègues de Luchino, qui avaient en plus l’audace de qualifier ses chefs-d’oeuvre cinématographiques de « démodés ». De nos jours, on dit qu’on n’a plus le temps pour sa. Plus de temps pour la qualité ? Peuh, dans ce cas, mieux vaut ne rien faire du tout.

Toutes ces raisons expliquent aussi ma tentative de suicide et les pensées noires qui s’emparaient régulièrement de moi. Je ne me suis toujours pas habitué aux films jetables. »

« C’est une biographie poignante dont le lecteur ne sort pas indemne et qui, surtout, donne une furieuse envie de revoir tous les films d’Helmut Berger et de Luchino Visconti. » ActuaLitté

« Grandeur et décadence d’un homme né avec la beauté du diable. » Le Point

Helmut Berger parle de son autobiographie : https://vimeo.com/122100307

Helmut Berger autoportrait. 70e Anniversaire. Propos recueillis par Holde Heuer. Traduit de l’allemand par Lars Kemper. © Éditions Séguier , Paris, 2014. Conception graphique : Moshi Moshi studio, Paris. Couverture : Au milieu des années 1960 lors d’un shooting pour le magazine Vogue. Photographies (dont le crédit n’est pas mentionné) et couverture : © Hey! Publishing. Originellement : © Ullstein-Verlag gmbH & Co. Format: 15×21 cm – 332 pages. Prix: 21.00 €. ISBN: 978-2-8404-9691-5

Créés dans les années 1980, les Éditions Séguier sont dédiées aux arts, tous les arts. La priorité est accordée aux personnages réputés secondaires mais dont l’influence – et parfois l’œuvre-ont été durablement sous-estimées. Il en résulte des essais, entretiens et biographies, regroupés dans un catalogue ouvert à un public soucieux de parfaire ses connaissances et de polir ses goûts.

Félix José Hernández.