Paris le 31 août 2015.

En présentant plus de 160 pièces, issues en majorité de ses collections de gravures exceptionnelles, la BnF offre la première exposition d’envergure consacrée à l’âge d’or de cette technique en France. L’art de l’estampe est à son apogée sous le règne de Louis XIV : supplantant Rome, Anvers ou Amsterdam, Paris s’affirme alors comme le centre de production le plus important en Europe, à une époque où la gravure est le seul moyen de diffuser l’image.

L’exposition présente un panorama de l’estampe en France – essentiellement à Paris – qui connaît un développement sans précédent sous le règne personnel de Louis XIV, de 1660 à 1715 : à travers un parcours thématique, elle propose de faire découvrir toute la variété de la production gravée de cette période, de ses grands chefs-d’oeuvre à ses expressions les plus populaires, et les multiples usages de l’estampe. C’est alors la vogue du portrait, des livres de fête, des recueils d’ornements et d’architecture, des gravures de mode, des estampes de grand format en plusieurs planches – vues topographiques, tableaux religieux, almanachs muraux illustrés ou placards de soutenance de thèses – dont les dimensions n’ont jamais été aussi grandes que durant la seconde moitié du XVIIe siècle.

C’est à cette époque que les graveurs parisiens comme Robert Nanteuil, Gérard Edelinck, Girard Audran, Sébastien Leclerc ou les Lepautre atteignent une véritable perfection technique dans l’art de la taille-douce, gravure au burin ou à l’eau forte qui devient le modèle de référence pour toute la gravure européenne des XVIIIe et XIXe siècles.
Cette extraordinaire production a été favorisée par les politiques officielles et leur souhait de promouvoir les beaux-arts et les arts décoratifs comme symboles du goût français qui s’impose alors en Europe, et au-delà comme reflet de la gloire du monarque absolu.

Signe révélateur, c’est pendant la première décennie du règne de Louis XIV que le pouvoir crée une chalcographie, le Cabinet du roi, entreprise de publication officielle d’estampes unique en son genre en Europe, glorifiant demeures, collections et conquêtes du Roi-Soleil. Au même moment, la bibliothèque royale en rachetant les oeuvres de grands amateurs contemporains, rassemble les premières collections d’estampes qui constituent le noyau historique de l’actuel département des Estampes et de la photographie de la BnF. La Bibliothèque nationale de France possède la collection de référence pour les estampes françaises, et sans doute la plus riche collection d’estampes anciennes au monde avec plus de deux millions de pièces.

Les estampes constituent les images les plus ordinaires du XVIIe siècle. Ce sont parfois des images artistiques et, dans ce domaine, l’estampe française a atteint une perfection technique inégalée, devenant un modèle pour toute l’Europe à un moment où fleurit l’industrie de la copie. Mais ce sont aussi des images du quotidien aux usages plus ordinaires, comme le sont les images aujourd’hui :portraits, modèles pour les artisans, support de la piété et usages religieux, souvenirs d’un voyage, écho d’un événement d’actualité, jeux et calendriers, proverbes et jeux de mots, etc. À travers ces collections, nous accédons au paysage visuel de l’homme ordinaire du XVIIe siècle.

La création de cette collection d’estampes a été voulue par le Roi Soleil lui-même, qui fonde le Cabinet des estampes au sein de sa bibliothèque royale en 1667 avec l’aide de Colbert. Cette exposition ne permet pas seulement de voir les documents produits à une époque glorieuse de l’histoire de France, mais aussi d’entrer directement dans les stratégies de représentations du roi. Grâce à
ce Cabinet d’estampes, Louis XIV devient son propre éditeur, à des fins de propagande. Le roi avait compris toute l’importance de l’estampe comme support privilégié de la diffusion des idées – un média social avant l’heure.

Organisée à l’occasion du tricentenaire de la mort de Louis XIV, cette exposition met en valeur ces extraordinaires collections. D’un point de vue scientifique, il s’agit de la première exposition sur le sujet, alors que des expositions internationales avaient déjà été consacrées à l’estampe de la Renaissance, de la première moitié du XVIIe siècle ou du XVIIIe siècle. Elle est accompagnée d’un catalogue en anglais et en français, destiné à faire référence. L’essentiel des pièces provient des collections de la BnF, ce que permet l’extraordinaire richesse des fonds ; elles sont complétées par quelques emprunts à des collectionneurs particuliers, au musée du Louvre, au musée des Beaux-Arts d’Orléans et au château de Grignan.

Images du Grand Siècle. L’estampe française au temps de Louis XIV (1660 – 1715). BnF François-Mitterrand. 3 novembre 2015 – 31 janvier 2016.

Félix José Hernández.

Ilustración: Etienne Picart, d’après Gaspard Marsy et Balthazard Marsy,Les Chevaux d’Apollon. 1675?, Paris, Imprimerie royale.Eau-forte et buri. BnF, Estampes et photographie

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