Paris le 31 août 2016.

La vie extraordinaire du frère ainé de Napoléon, l’histoire de la célèbre famille Bonaparte par Thierry Lentz, un napoléonien érudit !

« L’Empereur m’avait seulement parlé à Venise des affaires d’Espagne comme d’un surcroît d’embarras qui lui survenait », écrira plus tard Joseph que l’on peut croire ici. On sait par ailleurs que, pour s’asseoir sur le trône madrilène, Napoléon pensa d’abord à Louis, qui se plaignait du climat de la Hollande, puis à Jérôme. Ce n’est qu’après le refus catégorique du premier que le choix de l’empereur s’arrêta sur Joseph, le seul de ses frères au fond capable de remplir une telle mission : l’expérience napolitaine avait montré sa capacité à gouverner. Les choses se précisèrent au début du printemps suivant. Le 31 mars, Napoléon écrivit au roi de Naples : « Il serait très possible que je partisse d’un moment à l’autre pour Madrid. Cela est pour votre gouverne et pour vous seul. » Comme il n’avait pas encore reçu la réponse négative de Louis, il l’informa ensuite de son arrivée à Bayonne, sans autre commentaire. C’est trois jours plus tard qu’il se découvrit pour de bon : « Il n’est pas impossible que je vous écrivisse dans cinq ou six jours de vous rendre à Bayonne », ce à quoi Joseph répondit qu’il « (faisait) ses dispositions » pour un départ rapide. La nouvelle de son avènement ne lui fut communiquée que le 10 mai, soit après les renonciations de Charles IV et de Ferdinand :

(La nation espagnole) me demande un roi. C’est à vous que je destine cette couronne. L’Espagne n’est pas ce qu’est le royaume de Naples : c’est 11 millions d’habitants, plus de 150 millions de revenus et la possession de toutes les Amériques. C’est une couronne d’ailleurs qui vous place à Madrid, à trois jours de la France, qui couvre entièrement une de ses frontières. À Madrid, vous êtes en France ; Naples est le bout du monde. Je désire donc qu’immédiatement après avoir reçu cette lettre, vous laissiez la régence à qui vous voudrez, le commandement au maréchal Jourdan, et que vous partiez pour vous rendre à Bayonne`.

À l’annonce d’une telle nouvelle, Joseph eut plusieurs conversations avec son entourage. Toujours pragmatique, Saliceti proposa  à son maître de le suivre à Madrid, où il aurait besoin d’une bonne police. Le roi ne donnera pas suite à cette offre de service. De leur côté, Girardin et Roederer ne cachèrent pas leur désappointement. On peut toutefois douter qu’ils mirent leur maître et ami en garde contre « l’indomptable » peuple espa­gnol, comme le premier l’a prétendu. »

Joseph Bonaparte (1768-1844) a joué un rôle considérable pendant la Révolution puis sous le gouvernement de son frère cadet, Napoléon. Un simple survol des fonctions qu’il occupa durant ce quart de siècle suffi t à en prendre la mesure : président du district d’Ajaccio, commissaire des guerres, ambassadeur, député, conseiller d’État, sénateur, grand électeur de l’Empire, roi de Naples, roi d’Espagne, lieutenant général de l’empereur en 1814, président du Conseil des ministres durant les Cent-jours. Son rôle politique actif fut donc de premier plan, marqué par une relation très particulière avec Napoléon dont il fut peut-être le seul ami.

Après 1815, sa position ne fut pas non plus secondaire, malgré son départ d’Europe pour un long exil de près de 25 ans aux Etats-Unis où il devint un personnage très en vue, jusque dans les milieux officiels. Il demeura de plus une sorte de régent moral pour le compte du roi de Rome puis, après la mort de celui-ci (1832), devint prétendant au trône impérial. L’âge venant, il se raidit dans cette position et se heurta à son neveu Louis-Napoléon, le futur Napoléon III. Inhumé à Florence après sa mort dans cette ville, en 1844, il rejoignit son frère sous le dôme des Invalides en 1862.

« Au fond, la grande question, que traite brillamment l’auteur, est celle de savoir si Joseph Bonaparte aura été un dilettante ou bien… un incapable. Joseph méritait bien qu’on le portraiture. » Lire

Directeur de la Fondation Napoléon, Thierry Lentz s’est affirmé comme le meilleur connaisseur actuel de l’époque impériale, comme en témoigne sa Nouvelle histoire du Premier Empire en quatre volumes (2002-2010). Il a récemment publié chez Perrin Waterloo, 1815 et Les vingt jours de Fontainebleau. La première abdication de Napoléon 31 mars-20 avril 1814, et “la” biographie de Joseph Bonaparte.

Joseph Bonaparte. Thierry Lentz 752 pages. © Perrin, un département d’Edi8, 2016. En couverture : Portrait de Joseph Bonaparte, XIXe siècle. Turin, Musée national du Risorgimento italien. © Aisa/Leemage. ISBN : 9782262048730

Publié par Félix José Hernández.

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