La Bibliothèque Mazarine

Paris le 29 septembre 2015.

La bibliothèque personnelle du cardinal Mazarin (1602-1661), principal ministre de la minorité de Louis XIV, fut ouverte au public dès 1643. Sous la direction du savant Gabriel Naudé (1600-1653), auteur du premier traité de bibliothéconomie moderne (Advis pour dresser une bibliothèque, 1627), elle devint au milieu du 17e siècle la bibliothèque privée la plus importante d’Europe, avec près de 40 000 volumes. Installée à cette époque dans l’hôtel de Chevry-Tubeuf (actuel site Richelieu de la Bibliothèque nationale de France), elle fut transférée quai de Conti une fois achevée la construction du collège des Quatre-Nations. Ce collège, fondé selon les dernières volontés du cardinal Mazarin pour la formation de soixante élèves issus des provinces qui venaient d’être rattachées au royaume, fut édifié face au Louvre par l’architecte Louis Le Vau de 1662 à 1682. Il comprenait une chapelle (l’actuelle Coupole de l’Institut) où était placé le tombeau de Mazarin, et accueillait sa bibliothèque dont la pérennité était ainsi assurée. Celle-ci fut ré-ouverte en 1689.

Pendant la Révolution, elle fut maintenue en activité en raison de son caractère public. Le collège, lui, fut supprimé. Dans le contexte des confiscations révolutionnaires, et grâce à l’action de son bibliothécaire — l’abbé Gaspard Michel, dit Leblond —, la Bibliothèque Mazarine doubla ses collections, qui couvraient alors toutes les disciplines. Elle rassembla également de nombreuses oeuvres d’art.

Depuis lors, elle continue de développer ses ressources au moyen d’une politique d’acquisition principalement orientée vers les sciences historiques, du dépôt légal (histoire locale de la France) et d’importantes donations.

La Bibliothèque Mazarine a été rattachée en 1945 à l’Institut de France, qui occupe depuis 1805 les bâtiments de l’ancien Collège des Quatre-Nations et possède par ailleurs sa propre bibliothèque. Elle fait partie des bibliothèques des Grands établissements littéraires et scientifiques relevant du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

La visite du 20 septembre 2015 : Journées européennes du Patrimoine :

Sous le péristyle d’entrée, le buste de Mazarin par Louis Lerambert (vers 1665) cotoie celui de Gabriel Naudé par Raymond Gayrard (1824).

Couronné d’une galerie ornée de bustes antiques et éclairé par une verrière, l’escalier d’honneur, réalisé en 1824 par Léon Biet sous la direction de l’architecte Antoine Vaudoyer, s’inscrit dans un demi-ovale aux niches garnies elles aussi de bustes et permet d’accéder à la Bibliothèque.

Le visiteur pénètre alors dans une petite salle octogonale au plafond à caissons où sont conservés les catalogues anciens, sur fiches ou sur registres. Elle présente également une sélection des acquisitions récentes, ainsi que les publications de la Bibliothèque.
La salle de lecture, en forme de L, conserve l’admirable décor d’une grande bibliothèque du 17e siècle, puisque les boiseries de la première bibliothèque parisienne de Mazarin, conçues par l’architecte Pierre Le Muet en 1647, ont été déménagées et installées dans cette nouvelle galerie dès 1668. Les armes de Mazarin (faisceau de licteur, 3 étoiles, chapeau de cardinal, chiffre « M ») sont omniprésentes : sur les portes, sous le balcon, dans les ferronneries.

Les confiscations révolutionnaires sont venues compléter cet ensemble en le dotant de nombreux bustes en marbre, bronze ou terre cuite, représentant des empereurs romains, des auteurs de l’Antiquité ou des personnages célèbres des 17e et 18e siècles. On y observera également plusieurs meubles et objets d’art.

La petite galerie, donnant sur la Seine, présente deux lustres de style rocaille en bronze ciselé et doré, attribués à Jean-Jacques Caffieri et ayant appartenu à la marquise de Pompadour, ainsi qu’une pendule de style Louis XV, en bois de rose, oeuvre de Benoist Gérard (vers 1750).

Au fond de la grande galerie : un globe céleste de Coronelli, avec méridien en cuivre de Gatellier (1673) ; des commodes Louis XVI, attribuées à Jean-Henri Riesener (1734-1806) ; une terre cuite représentant le poète Arion sauvé du naufrage par un dauphin, par Clodion (1738-1814) ; un encrier en marbre aux armes des princes de Condé.

Exposition : Mazarinades (1648-1653) : la Fronde, les mots, les presses

La Fronde (1648-1653), révolte nobiliaire, parlementaire, bourgeoise et populaire contre le gouvernement du cardinal Mazarin durant la minorité de Louis XIV, est évoquée ici à travers les mazarinades, textes polémiques diffusés en très grand nombre, dont la Bibliothèque Mazarine conserve la plus importante collection au monde (près de 25 000 exemplaires).

Si la plupart de ces textes relevaient d’un modèle éditorial commun, issu de la Maarinade de Scarron, — impressions bon marché, anonymes, à la très large diffusion, souvent clandestine —, quelques pièces exceptionnelles s’en écartent : manuscrits, placards (affiches) illustrés de gravures sur bois.

Liées à une actualité brûlante, et donc de nature éphémère, les mazarinades furent pourtant collectionnées dès la Fronde, notamment par Gabriel Naudé, et reliées en recueils chronologiques ou thématiques parfois agrémentés des portraits des protagonistes. Conservées d’abord pour leur contenu satirique ou leur intérêt historique, elles sont progressivement devenues un objet d’étude : Célestin Moreau et Armand d’Artois au XIX’ siècle, plus récemment Christian Jouhaud et Hubert Carrier ont tenté de cerner dans sa globalité ce corpus aux contours mouvants.

Les collections en chiffres :
– Imprimés : 600 000 volumes, dont un fonds ancien de 180 000 ouvrages, et
3 000 volumes en libre accès
– Périodiques : 2 600 titres
– Incunables : 2 300
– Manuscrits : 4 700

Les services :
– 140 places de travail et de consultation des documents (pas de prêt à domicile)
– WiFi
– Prêt entre bibliothèques
– Reproduction de documents (photocopies, photographies, numérisation).

Coordonnées : 23, quai de Conti. 75006 Paris.

Félix José Hernández.

Hispanista revivido.