Paris le 26 juillet 2015.

«Partout où il y a joie, il y a création : plus riche est la création, plus profonde est la joie » Henri Bergson, L’Energie spirituelle

L’art joue depuis toujours un rôle important dans la représentation du bonheur. L’hédonisme, la gaieté, la sensualité traversent l’histoire des arts et de la pensée. Au coeur des Flandres et de la région Nord, terre de fête et d’hospitalité, « Joie de vivre » est la première grande exposition thématique sur ce sujet qui couvre une vaste période allant de l’Antiquité à l’art contemporain.

La joie se traduit chez de nombreux artistes par le dynamisme, la couleur et une intense jubilation. C’est le cas chez Brueghel, Hals, Chardin, Boucher, Fragonard, Carpeaux, Renoir, Picasso, Dufy, Rodin, Niki de Saint-Phalle et Murakami, qui font tous partie de la sélection, grâce aux prêts des plus grandes institutions françaises, européennes, et américaines. Rassemblant une centaine d’oeuvres à travers 6 sections, l’exposition accorde une place à tous les modes d’expression artistique, y compris le cinéma.

Le soleil, condition première du bonheur ? A la fin du XIXe siècle, l’Arcadie, société idéale célébrée depuis l’Antiquité, renaît au bord de la Méditerranée. Les impressionnistes, les pointillistes puis les fauves prolongent avec la Côte d’Azur le mythe d’un âge d’or de l’humanité, posant les bases de la modernité picturale tout en préfigurant le mouvement de démocratisation et de sécularisation du bonheur. Au XXe siècle, avec l’allongement croissant de la durée de vie, on se détourne peu à peu de la perspective d’un au-delà paradisiaque pour profiter des joies et des bienfaits de la plage, sous le soleil exactement.

La joie de vivre s’exprime aussi à travers d’innombrables « petits » bonheurs transitoires, dérisoires, et pourtant désirés pour leur simplicité même. Le jeu, pratiqué à tous les âges et surtout pendant l’enfance où il est le plus formateur et le plus libre, la partie de campagne, qui apparaît dans la peinture au début du XVIIIe siècle, lorsque le bonheur devient un art de vivre. A partir du XIXe siècle, le patinage, le déjeuner sur l’herbe, puis le pique-nique, deviennent les délassements préférés des urbains.

Les liens représentent toutes les façons pour un être d’éprouver la présence de l’autre, de le reconnaître, de l’admirer ou de le désirer, et d’en éprouver un sentiment de plénitude. L’amitié, l’amour, le couple et la famille, sont les endroits où chacun construit et conforte sa capacité à aimer, apprend à donner sans condition, à s’attacher physiquement et moralement à l’autre, à éprouver, satisfaire ou dompter son désir. De l’échange et de la réciprocité naît une certaine égalité, le plus souvent heureuse.

Quelles que soient les époques et les cultures, la fête est une parenthèse nécessaire dans la vie des hommes et des sociétés. Bals, carnavals et autres célébrations païennes ou chrétiennes rythment le calendrier et effacent provisoirement toutes les règles. Classes sociales, sexes, âges se mêlent jusqu’à l’étourdissement dans des fêtes rituelles ou spontanées qui soulèvent l’enthousiasme populaire. Les festins -repas de fête- offrent parmi les plus intenses occasions d’éprouver du plaisir alors que le jeu, la musique et la danse envahissent l’espace public, le temps d’un instant, d’une journée tout au plus, avant le retour à la réalité du quotidien.

Cette partie évoque les plaisirs naturels, qui peuvent être éprouvés par les corps en mouvement, notamment lorsqu’ils fusionnent dans l’élan, la danse et l’amour : danser, aimer et rire pour s’assurer qu’on est vivant. À l’érotisme joyeux et au culte du corps cultivé par l’Antiquité grecque, succède un érotisme fasciné mais déjà puritain qui se diffuse avec la morale chrétienne. Loin de se confier aux frontières de l’érotisme, cette section de l’exposition célèbre le corps nu comme l’expression d’une vérité individuelle et collective. Les artistes, de Bernin à Rodin, ont magnifié le corps et la chair, conjuguant ainsi l’expression du plaisir physique et la libération de l’esprit.

Si le rire trouve naturellement sa place dans l’Antiquité, les auteurs chrétiens l’ont souvent considéré comme un signe d’excès. Il faut attendre l’époque moderne pour que les artistes osent à nouveau le figurer. Rabelais, après Aristote, considère le rire comme le propre de l’homme : lui seul possède la faculté de rire et les muscles nécessaires à l’exercice.

A l’automne 2015, c’est le Palais des Beaux-Arts de Lille tout entier qui sera investi par la joie de vivre. OEuvres et installations contemporaines accompagneront le visiteur tandis que le grand atrium sera consacré aux feel good movies, ces films qui rendent joyeux. Dans un temps de difficultés sociales et économiques, cette exposition rappellera que nous conservons, malgré tout, des raisons d’être heureux.

Joie de Vivre. 26 septembre 2015 – 17 janvier 2016. Palais des Beaux-Arts, Lille. Exposition coproduite par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais et le Palais des Beaux-Arts de Lille, dans le cadre de la saison «Renaissance» de LILLE3000. Commissaire général : Bruno Girveau, directeur du Palais des Beaux-Arts de Lille et du Musée de l’Hospice Comtesse. Commissariat : Laetitia Barragué-Zouita, conservateur du département du Moyen Âge et de la Renaissance; Régis Cotentin, chargé de la programmation contemporaine; Florence Raymond, attachée de conservation, chargée du département XVIIIe siècle, des Plans-Reliefs et des nouveaux médias; assistés de Sophie Watine. Avec la collaboration exceptionnelle du philosophe André Comte-Sponville. Scénographe : Constance Guisset.

Félix José Hernández.

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