L’Art et l’enfant au Musée Marmottan Monet

Fernand Pelez. Un Martyr. Le marchand de violettes. 1885 – Huile sur toile – 87 x 100 cm – Paris, Petit Palais, musée des  Beaux-Arts de la Ville de Paris – Photo © Petit Palais / Roger-Viollet.
Fernand Pelez. Un Martyr. Le marchand de violettes. 1885 – Huile sur toile – 87 x 100 cm – Paris, Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris – Photo © Petit Palais / Roger-Viollet.

Paris le 24 mars 2016.

Chère Ofelia,

J’ai eu l’opportunité de visiter la très belle exposition L’Art et l’enfant au Musée Marmottan Monet. On m’a offert très aimablement cette documentation que je t’envoie avec cette lettre. Je te prie de la faire circuler là-bas à La Havane, parmi nos amis qui connaissent la langue de Molière.

Le Paris des fêtes fournit à tout un peuple d’enfants abandonnés ou exploités de multiples occasions de se livrer à de petits trafics qui leur permettent de survivre. En 1881, un service est créé au sein de l’Assistance publique pour venir au secours des « enfants moralement abandonnés » âgés de douze à seize ans. Son rôle est rappelé et élargi par les lois du 10 juillet 1889 sur la « protection des mineurs et la prévention des mauvais traitements » et du 24 juillet 1889 sur la « protection des enfants maltraités ou moralement abandonnés ».

Le musée Marmottan Monet présente, du 10 mars au 3 juillet 2016, l’exposition « L’Art et l’enfant. Chefs-d’œuvre de la peinture française ». Signées Le Nain, Philippe de Champaigne, Chardin, Greuze, Corot, Daumier, Millet, Manet, Cézanne, Monet, Morisot, Renoir, Bastien-Lepage, Pelez, Bonnard, Vallotton, Maurice Denis, Matisse, Picasso, Chaissac, Dubuffet… près de soixante-quinze œuvres provenant de collections particulières et de prestigieux musées français et étrangers sont réunies au musée Marmottan Monet. Fruit de la collaboration d’historiens et d’historiens de l’art, cette exposition inédite retrace l’histoire du statut de l’enfant du XIVe au xxe siècle et permet de porter un regard nouveau sur ces œuvres en interrogeant différemment la peinture.

L’une des pièces majeures du musée de Cluny, La présentation au temple attribuée à André Beauneveu et Jean de Liège, ouvre l’exposition et illustre la prépondérance de la représentation de l’enfant-Dieu dans l’iconographie jusqu’à la fin du moyen-âge. La figure de l’enfant-Roi apparait ensuite. Des portraits de souverains enfants, prêts du Palazzo Pitti de Florence, des musées de Hambourg, du Louvre et du Château de Versailles, composent un ensemble d’exception. Si les deux fils d’Anne d’Autriche, Louis XIV et son frère Philippe de France, portent dans le portrait qui les représente avec leur mère régente, la robe de l’enfance – vêtement dont on affuble indistinctement les garçons et les filles jusqu’à l’âge de cinq ans – ce sont les attributs du pouvoir qui se donnent généralement à voir. Dès le plus jeune âge, les portraits de Louis XIV s’inscrivent dans un cadre officiel et protocolaire. L’enfant disparait sous le manteau d’hermine. Héritier de droit divin, il incarne la continuité dynastique. La pérennité familiale est également au cœur des préoccupations de l’aristocratie, comme l’illustre le trésor du château de Sully-sur-Loire représentant La famille de Habert de Montmor, présenté pour la première fois dans une exposition temporaire. Face à lui, une suite de tableaux des frères Le Nain montre des enfants humbles, petits paysans dont les activités sont le prétexte à des scènes de genre plus pittoresques que réalistes.

Avec les Lumières, s’ouvre un âge nouveau. L’enfant est au centre de préoccupations politiques, morales et sociales. Un écorché grandeur nature représentant une femme enceinte avec fœtus, œuvre spectaculaire de Jacques-Fabien Gautier Dagoty, illustre les progrès de la médecine à la fin du XVIIIe siècle et la volonté de lutter contre la mortalité infantile. Sous l’impulsion rousseauiste, l’allaitement maternel se répand et les aristocrates se font portraiturer donnant le sein. Un attachement nouveau s’exprime.

C’est le « triomphe du sentiment familial » que symbolisent ces portraits où père et mère enlacent leurs enfants. Considéré comme un être à part entière, l’enfant est dorénavant un sujet de peinture. On le représente désormais seul, pour ce qu’il est. Chardin le fait jouer au toton, Girodet étudier, Greuze le montre rêveur…

Au XIXe siècle, la représentation de l’enfant gagne ses lettres de noblesse. Millet, le réaliste, consacre aux soins des plus jeunes des peintures qui telles La becquée, La précaution maternelle et La leçon de tricot deviennent des icônes de la France rurale. D’autres artistes témoignent de l’enfance urbaine et défavorisée.

Jeanron héroïse l’enfant des barricades, un insurgé comme Gavroche. Eva Gonzalès peint quant à elle Le clairon, un enfant de troupe enrôlé dans l’armée dès son plus jeune âge. Alors que le naturaliste, Jules Bastien-Lepage dénonce le travail des enfants, leur prostitution et que Pelez intitule son petit marchand de violettes Martyr, les impressionnistes se font les interprètes d’une enfance bourgeoise et préservée. Ils témoignent de l’émergence d’une certaine famille moderne.

L’exposition aborde enfin l’influence du dessin d’enfant sur l’art à l’aube du XXe siècle. Une sélection inédite de crayonnages dus aux rejetons de Monet et de Pissarro ainsi que les dessins d’enfant d’artistes reconnus comme Maurice Denis et Jean Lurçat sont présentés pour la première fois au public. Réalisés dans un cadre strictement familial, ces griffonnages suscitent à l’aube du XXe siècle un intérêt particulier. La création enfantine marque les avant-gardes en quête d’un vocabulaire nouveau.

Le portrait de Pierre Matisse par son père, Paul dessinant de Picasso et, du même auteur, Le peintre et l’enfant– image triomphante d’un enfant brandissant un pinceau quand le peintre qui l’accompagne tient une palette – attestent de cet intérêt. Avec l’Art Brut, représenté par Dubuffet et Gaston Chaissac, l’infantilisme des formes est poussé à outrance et dénonce l’art codifié et classique, « l’asphyxiante culture».

L’Art et l’enfant. Musée Marmottan Monet. 2, rue Louis-Boilly. 75016 Paris.
10 mars- 03 juillet 2016.

Commissariat : Jacques Gélis, Historien, Professeur émérite d’histoire moderne de l’Université de Paris VIII ; Marianne Mathieu, Adjointe au directeur, Chargée des collections du musée Marmottan Monet ; Dominique Lobstein, Historien de l’art ; et pour sa contribution à la recherche iconographique, Anne Galloyer, conservateur du Musée-Fournaise.

Contact presse : Claudine Colin Communication & Christelle Maureau. 28 rue de Sévigné – 75004 Paris.

Je t’embrasse depuis notre chère et cultivée France,

Félix José Hernández.

Hispanista revivido.