Le Bruit du silence par Léa Wiazemsky

Paris le 3 avril 2017.

« Une fatigue immense lui tombe sur les épaules. Les mains serrées sur le volant, Laure regarde la neige recouvrir le pare-brise. La nuit qui l’enveloppe est silencieuse et froide ; les arbres sur le bord de la route semblent se coucher un peu plus sous le poids de la neige. Ils lui donnent l’impression de mains décharnées prêtes à se refermer sur elle.

Lorsque la voiture a dérapé, elle n’a pas eu peur. Elle a juste fermé les yeux et s’est laissé porter, avec une sensation de ralenti. Le froid commence à pénétrer son esprit et á la réveiller. La tête lui tourne un peu, elle a dû cogner contre la vitre. L’autoradio marche encore, laissant s’échapper un vieux slow d’Elvis. Laure coupe le moteur. Le silence devient total, étouffant. Pourquoi avoir pris la route alors que la neige commençait à tomber ? Pourquoi ne pas avoir passé la nuit là-bas ? Maintenant elle va être obligée de retourner à pied à la maison, où il sera là, ne l’attendant pas. Ne l’espérant surtout pas.

Avec difficulté, Laure s’extirpe de la voiture. Le froid la mord au visage et la fait trembler ; à moins que ce soit l’idée de retourner vers la maison qui la mette dans un tel état ? La distance qu’il lui faut parcourir lui paraît infinie et terrifiante. Elle pourrait appeler une dépanneuse, mais un dimanche soir sous la neige, elle mettrait des heures à arriver, et son portable ne capte aucun signal.

À moins d’un kilomètre de là, Laure peut distinguer les premières lumières du village, parmi lesquelles se cache celle de la maison. Sa maison… Depuis combien d’années n’y a-t- elle pas passé une nuit ? Elle ne sait plus, ou préfère ne plus savoir. Lorsqu’elle y vient, ce n’est que pour récupérer quelques affaires, comme aujourd’hui. Mais elle n’y a plus jamais dormi, depuis…

La neige tombe de plus en plus fort, de plus en plus froide. Le sol est boueux et glissant. Laure s’étale de tout son long, et reste là au milieu de la route, le visage dans la neige qui étouffe ses sanglots. Elle se sent si petite, si fragile. Son corps lui fait mal.

Je ne veux pas y retourner, je ne peux pas. J’ai peur de sa réaction, peur de son regard sur moi. Ce regard qui me blesse chaque fois, qui me fait me sentir si nulle.., si petite…

Soudain une pensée assèche ses larmes et lui donne la force de se relever : Simone !

Laure se redresse et reprend la route, sans un dernier regard pour sa vieille voiture échouée dans le fossé. »
Laure, une jeune artiste peintre d’une trentaine d’années, ne s’est jamais entendue avec son père, un écrivain misanthrope qui vit en reclus. Loin de les rapprocher, la mort de sa mère a creusé davantage encore le gouffre affectif qui les sépare. Aussi, quand une tempête de neige contraint Laure à passer la nuit chez lui, appréhende-t-elle ce tête-à-tête qu’ils n’ont jamais eu. À moins que le temps soit venu pour elle de confronter cet homme au silence et au désamour qu’il lui a toujours imposés…

Et si cette nuit de tempête était l’occasion pour ces âmes en perdition de baisser leur garde et de trouver enfin la paix ?

« En ces temps où le cynisme est souvent salué, Léa Wiazemsky ose écrire que la délicatesse, la douceur et la fragilité ont encore leur mot à dire. Il est bon de le rappeler » Le Figaro littéraire

« D’une écriture simple, sincère et efficace, le premier roman de Léa Wiazemsky est une réussite et un bel hommage à la vie. » L’Obs

Un magnifique livre, émouvant et d’une sensibilité bouleversante, eldiariodelamarina.com

Léa Wiazemsky vous présente son ouvrage : https://www.youtube.com/watch?v=ENXJP_JwZ3s

Bercée dès son plus jeune âge par l’amour de l’Histoire, de la littérature et des chansons de Charles Trenet, Léa Wiazemsky, comédienne de 35 ans, prend la plume pour raconter la rencontre aussi bouleversante qu’inattendue entre une jeune femme un peu perdue et un vieil homme solitaire. Un roman délicat et touchant.

Le Bruit du silence. Léa Wiazemsky. 223 pages. 14,1 cm × 22,6 cm × 1,7 cm. 15,95 euros. © Editions Michel Lafon, 2017. ISBN : 978-2-7499-2905-7

Publié par Félix José Hernández.