Le bureau des jardins et des étangs, par Didier Decoin

Le bureau des jardins et des étangs, par Didier Decoin

Paris le 18 mars 2017.

« Après une longue claustration accompagnée de la stricte observance des restrictions alimentaires liées au deuil, et après avoir lustré le corps de Katsuro à l’aide d’une étoffe sacrée destinée à en absorber les impuretés, Amakusa Miyuki s’était soumise au rituel destiné à la purifier de la souillure entraînée par la mort de son mari. Mais comme il n’était pas envisageable que la jeune veuve s’immergeât dans cette même rivière où venait de se noyer Katsuro, le prêtre shinto s’était contenté, les lèvres pincées, de secouer sur elle une branche de pin dont l’eau de la Kusagawa avait mouillé les rameaux les plus bas. Puis il l’avait assurée qu’elle pouvait à présent renouer avec la vie et montrer sa gratitude aux dieux qui ne manqueraient pas de lui transmettre courage et force.

Miyuki avait parfaitement saisi ce qu’il y avait derrière les paroles de réconfort du prêtre : il espérait que, malgré la précarité de sa situation aggravée par la disparition de Katsuro, la jeune femme allait déposer entre ses mains une expression concrète de la reconnaissance qu’elle devait aux kami.
Mais si Miyuki éprouvait quelque gratitude envers les dieux pour l’avoir lavée de ses souillures, elle ne pouvait leur pardonner d’avoir laissé la rivière Kusagawa, qui après tout n’était rien de moins qu’un dieu elle aussi, lui ravir son mari.

Elle s’était donc contentée d’une modeste aumône composée de radis blancs, d’un bouquet de têtes d’ail et de quelques gâteaux de riz gluant. Mais habilement enveloppée dans un linge, l’offrande occupait, surtout grâce au gigantisme de certains radis, un volume qui laissait supposer un présent bien plus conséquent. Le prêtre s’y était laissé prendre et il était parti content. »

Japon, aux alentours de l’an Mil, Shimae, un village paysan sur les bords de la rivière Kusagawa.
Cet humble village a un talent : celui d’abriter le pêcheur Katsuro, virtuose dans l’art d’attraper et de transporter des carpes de grande valeur, d’inestimable beauté, vers la ville impériale d’Heiankyo, la cité de tous les raffinements, de tous les plaisirs, et surtout, le lieu où se trouve le Bureau des jardins et des étangs. À la mort de Katsuro, qui se noie dans la rivière, qui parmi les villageois va pouvoir prendre sa suite et relever le défi ? Poser sur son dos le lourd fardeau des nacelles d’osier où tournoient les carpes boueuses et, en équilibre, marcher jusqu’à l’épuisement, traverser tous les dangers jusqu’à la capitale ? Qui ? Sinon la veuve de Katsuro, la ravissante, l’effarouchée, la délicate Miyuki. Mais sera-t-elle capable d’une tâche pareille ? Que sait-elle, Miyuki la petite paysanne, la veuve jamais sortie de son village, des maléfices du voyage, des sorcelleries, des guerres, des animaux magiques tel le Kappa, cet animal aux mains griffues et palmées qui vous arrache l’anus et s’en barbouille la bouche, des prêtres faussement débonnaires et des maisons de thé où l’on vend de tout sauf du thé ? Que sait-elle surtout de la capitale de l’Empire et du directeur du Bureau des jardins et des étangs, Nagusa Watanabe, tapi au centre de son labyrinthe de pièges et de splendeurs, qui l’attend ?

Au terme de ce voyage initiatique, sensuel, effrayant, Miyuki, souillée, mais libérée, mais différente, ne sera plus la même femme. Ni son petit monde, le même monde qu’autrefois.

Un voyage initiatique et sensuel dans le Japon impérial. La Libre Belgique.

Avec le périple d’une jeune femme convoyant des poissons dans le Japon millénaire, Didier Decoin exalte les sens. L’Express

Dans une incarnation antérieure Didier Decoin aurait-il vécu dans le Japon du XII e siècle ? La lecture du « Bureau des Jardins et des Etangs » tend à étayer cette hypothèse. Les Echos

Comme de sensuelles estampes, empli d’amour et d’étrangeté, d’odeurs et de couleurs, le voyage initiatique d’une jeune veuve dans le Japon médiéval. Télérama

« Voyage sensuel et olfactif dans un Japon traditionnel d’un autre millénaire. SUBLIME. » Nathalie, Librairie Doucet, Le Mans

« Entre réalité et imaginaire, presque un conte, poésie, sensualité… Un livre parfumé. » Myriam, Librairie M’Lire, Anjou

Roman magnifique, magique et poétique. Didier Decoin nous transporte au Japon médiéval !

Didier Decoin a vingt ans lorsqu’il publie son premier livre, Le Procès à l’amour (Le Seuil, 1966). Celui-ci sera suivi d’une vingtaine de titres, dont Abraham de Brooklyn (Le Seuil, Prix des libraires 1972) et John l’Enfer (Le Seuil, Prix Goncourt 1977). II est l’actuel Secrétaire général de l’Académie Goncourt, Président des Écrivains de Marine depuis 2007 et membre de l’Académie de Marine.

Le Bureau des Jardins et des Étangs. Didier Decoin- de l’académie Goncourt-. Roman. 393 pages. 20,50 euros. Couverture Coco Bel œil. Illustration de la couverture : © Yuji Moriguchi, Deep water, 2005. © Éditions Stock, 2017. ISBN 978-2-234-07464-4

Publié par Félix José Hernández.