Le palais de la Légion d’honneur

Photo : A gauche : Cuirasse de l’Empereur ornée du collier de la Légion d’honneur – François Désiré Froment Meurice, 1802-1855, Au centre et à droite : Plateau-écrin des décorations françaises de Napoléon III. Ordre de la légion d’honneur, Collier de Jean-Paul Robin, orfèvre à Paris, Musée national du Château de Fontainebleau, Plaque de grand-croix, modèle de joaillerie en strass d’Ouizille Lemoine, orfèvres à paris, Insigne de grand-croix, modèle de joaillerie en diamants d’Ouzille lemoine, orfèvres à paris, musée de la Légion d’honneur, Emplacement vide destiné à l’insigne de grand-croix réglementaire v(or et émaux), Plaque de grand-croix d’Ouizille Lemoine, Insignes de chevalier, Médaille militaire, Médaille commémorative de la campagne d’Italie © Photos Notes Précieuses

Paris le 25 juillet 2016.

Bâti en 1785 pour le prince de Salm-Kyrbourg, l’hôtel de Salm, devenu palais de la Légion d’honneur en 1804, offre un double visage au visiteur : d’un côté, une façade raffinée en rotonde avec ses terrasses sur la Seine face au jardin des Tuileries ; de l’autre, un arc de triomphe à l’antique monumental et une double colonnade donnant sur la rue de Lille.

Ses salons, entièrement repensés après l’incendie qui ravagea l’intérieur de l’édifice en 1871 sous la Commune, offrent depuis un décor sur le thème de la Légion d’honneur.

Désireux de redonner toute sa magnificence à ce palais classé Monument historique, le général d’armée Georgelin, grand chancelier de la Légion d’honneur, a décidé une restauration d’envergure comprenant salons, façades et jardins. En dehors de travaux superficiels et parfois dommageables réalisés dans les années 1970, le bâtiment n’avait pas connu de véritable restauration depuis l’entre-deux-guerres.

Un mécénat privé a permis l’ensemble de ces rénovations, qui se sont étalées de 2011 à 2015 en cinq grandes campagnes. D’autres projets sont en attente de financement, notamment la cour d’honneur du palais et le salon des maisons.

Le palais de la Légion d’honneur a retrouvé tout son lustre grâce à des travaux de restauration, initiés en 2011 dans le grand vestibule et qui se sont poursuivis à un rythme soutenu jusqu’à la fin 2015, dans les salons historiques des grands chanceliers et de la rotonde, ainsi que dans ceux des muses et l’aurore.

Sous le contrôle scientifique des conservateurs de la DRAC (direction des affaires culturelles), architectes en chef des monuments historiques, architectes du Patrimoine, échafaudeurs, menuisiers, peintres-décorateurs (pour les murs), doreurs, restaurateurs (pour les peintures), peintres en faux-marbre, staffeurs et maître-verrier sont intervenus durant les mois d’été à la mise en valeur des peintures et décors de ces salons.

Le caractère de ces travaux conduits par le service du patrimoine de la grande chancellerie s’est apparenté, en fonction des lieux, à une restauration, une restitution ou une nécessaire remise en état.

Ce chantier a permis la restauration d’un nombre important et varié d’éléments décoratifs du palais : peintures décoratives des plafonds, scènes historiées, décors en trompe-l’œil, parements en gypserie, corniches ouvragées, trophées en staff, bustes en gaine, dorures, etc.

Le grand vestibule a retrouvé son décor initial, qui avait été masqué par des peintures des années 1970, voire détruit. Les murs sont recouverts de grands cadres appareillés posés sur des soubassements en stuc marbre vert, interrompus au droit des portes par de remarquables encadrements en stuc porphyre. De part et d’autre des marches de l’escalier, la balustrade initiale a été reconstituée. Le bronze antique de la balustrade de la galerie d’étage a été restauré avec minutie.

Dans le salon des grands chanceliers, la composition décorative est organisée autour des portraits du fondateur de la Légion d’honneur et des grands chanceliers.

Elle a été nettoyée, ravivée, restituée, « bichonnée » : les décors néoclassiques en gypserie sur fond de stuc marbre blanc ou bleu, dans l’esprit Wedgwood, alternent avec les portes et niches en acajou, encadrées de pilastres en marbre blanc surmontés d’arcs en plein cintre.

Les décors de la coupole reposant sur des écoinçons encadrés par des bustes en gaines ont retrouvé leurs tonalités et nuances d’origine, grâce à des sondages préalables. Les sphinges situées sous les oculi ont ainsi été redécouvertes ; les décors dorés vibrent à nouveau grâce à un nouvel éclairage.

Dans le salon de la rotonde , l’encrassement général, l’altération des couches picturales, les accidents sur les décors ont nécessité une remise en état globale des murs, des corniches, des peintures décoratives, de l’éclairage, y compris sous la coupole. Les scènes historiées, les décors en grisaille, les peintures décoratives de Sirouy et de Maillot sont à nouveau perceptibles.

Dans les salons des muses  et de l’aurore, le décor peint a été refait en totalité, sur la base des recherches et des sondages. Ce sont les peintures décoratives des plafonds très dégradés qui ont subi une nette transformation après l’intervention des restaurateurs : encadrées de motifs architecturaux en trompe-l’œil altérés par des interventions précédentes, les peintures ont nécessité beaucoup de travail en nettoyage de vernis, en réparation et en restitution suivant la technique de retouche tratteggio.

Les balustrades du vestibule, remplacées dans les années 1970 par des garde-corps en verre, elles ont été intégralement reconstituées à partir de photographies anciennes et d’un modèle de balustre retrouvé dans les caves du palais. Les refaire en fonte et en stuc marbre aurait été très onéreux. Il a donc été fait appel à un staffeur qui a réalisé en atelier des éléments en plâtre. Une fois installés in situ, ces éléments ont été décorés d’un motif en granit feint, à l’identique du granit du soubassement. Ils ont ensuite été vernis (7 couches) puis polis pour leur donner la brillance nécessaire.

Les quatre oculi qui apportent au salon des grands chanceliers son éclairage zénithal avaient été rendus quasi opaques par les salissures de l’éclairage au gaz du XIXe siècle. Ils ont été déposés pour être nettoyés. Leur restauration permet d’apprécier à nouveau la finesse de la gravure sur verre dépoli, réalisée selon une technique qui rendit célèbre son auteur, le maître-verrier Paul Bitterlin.

Magistral dans sa disposition comme dans son décor, le salon de la rotonde cache une trouvaille architecturale aussi discrète qu’essentielle. Une série de fenêtres invisibles du bas éclairent latéralement la peinture centrale de sa coupole. Le point culminant du salon semble ainsi décoller de l’architecture et provoque une aération visuelle dans le plafond richement orné. Cet effet est décuplé par le nettoyage des peintures historiques et la restauration des dorures et des marbres en trompe-l’œil.

La peinture du plafond de l’aurore a été trouvée dans un état de grande fragilité, abimé par de précédentes restaurations et des dégâts des eaux, ce qui rendait risqué un nouveau nettoyage. Il a donc été décidé de suturer les fissures et altérations avec les plus grandes précautions et sans pose de vernis.

Quatre mois auront été nécessaires pour redonner toute sa solennité d’origine à la salle du conseil de l’ordre, lieu essentiel de l’institution où siègent les membres du conseil de la Légion d’honneur et du conseil de l’ordre national du Mérite.

Plusieurs rénovations à travers les décennies avaient transformé la physionomie de cette salle qui appartient à l’aile de bureaux de la grande chancellerie construite sous le Second Empire et attenante au palais de la Légion d’honneur. Le projet de restauration s’est appuyé sur une campagne de sondages préalables et sur des documents anciens conservés au musée de la Légion d’honneur, dans une volonté de redonner à la salle sa configuration d’époque.

Les premières couches de peintures ont été minutieusement enlevées pour permettre la découverte de traces laissées par les anciens décors.

Ainsi, au plafond, un ciel nuagé bien conservé a été dégagé avant d’être nettoyé et restauré. Les décors en staff des corniches (trophées, consoles…) ont été repeints avant l’exécution de faux bois. Les marbres dégradés de la cheminée ont été remplacés. Élément majeur de la rénovation de la salle, un lustre Second Empire surplombe désormais la table du conseil.

Le bureau du grand chancelier a été traité dans un décor Napoléon III, dans la continuité de la salle du conseil. Les boiseries font apparaître un faux acajou clair ; au plafond, un ciel a également été mis à nu. Mais la grande originalité de cette pièce réside dans le travail au pochoir effectué à la main selon les techniques du XIXe siècle, qui a permis de recouvrir les murs bleu couronné d’un motif or de couronne de laurier.

Le réaménagement des jardins qui entourent le palais sur les quais de Seine s’est fait dans la volonté de redonner à ces espaces leur esprit de la fin du XVIIIe . Ont ainsi été plantées des essences décrites dans les documents d’époque par le maître-treillageur Martin (cyprès, buis à feuilles rondes, hydrangeas, giroflées…) et les allées gravillonnées courant le long des salons ont été élargies.

Sur le quai Anatole France, les jardins sont bordés d’une paroi de verre transparent qui permet de retrouver l’usage et le calme des lieux en créant des clôtures élégantes et adaptées à l’environnement urbain agressif. Sur la rue de Solférino, un treillage de bois  prolonge cet ensemble de verre trempé dont la vocation première de protection permet également d’atténuer les effets de la pollution automobile sur les façades du palais restaurées en 2013.

Six mois de travaux ont été nécessaires pour travailler sur les décors et nettoyer les parements de pierres de taille du bâtiment d’origine ainsi que de celui abritant les bureaux de la grande chancellerie, érigé sur la rue de Solférino à la fin du Second Empire. Les façades comportent bas-reliefs, décors sculptés et bustes, datant pour une grande partie de la fin du XVIIIe et formant un témoignage rare du néoclassicisme.

Cet ensemble a été restauré en adoptant différentes techniques, selon l’exécution et les matériaux originels ainsi que l’état d’altération ; et avec la volonté de retrouver une unicité de ton, voulu d’une minéralité lumineuse par le commanditaire de l’hôtel.

Les bas-reliefs Jeux d’enfants et Allégories ayant particulièrement souffert des chocs thermiques de l’incendie de 1871, ils ont été déposés, et traités directement sur les échafaudages aménagés. Mais ce sont les deux panneaux des pavillons de la rue de Lille, œuvres du sculpteur Philippe-Laurent Roland, qui demandaient le plus de soins : l’un a pu être restauré mais le second n’a été que provisoirement consolidé, dans l’attente d’études et de moyens supplémentaires.

Après six mois de travaux, le musée de la Légion d’honneur et des ordres de chevalerie accueille ses visiteurs avec des salles enrichies de nouvelles œuvres et repensées dans une muséographie à la fois solennelle et pédagogique.

Musée d’institution rattaché à la grande chancellerie de la Légion d’honneur, il place au cœur de son parcours la salle de la Légion d’honneur, suivie de la salle de l’empereur et de celle des frères. Les trois grands colliers – dont celui présenté au président de la République le jour de son investiture rappellent de manière spectaculaire la pérennité et l’universalité de l’ordre.

Des écrans interactifs permettent aux visiteurs de comprendre le fonctionnement actuel de la Légion d’honneur. Ils donnent également accès à la liste de tous les Français décorés de la Légion d’honneur depuis 1950 – une première pour l’institution.

Un même dispositif digital a été conçu pour la nouvelle salle de l’ordre national du Mérite, créée en fin de parcours et organisée autour de la statue en plâtre du général de Gaulle, offerte par le sculpteur Cardot au musée après l’exposition du cinquantenaire de l’ordre en 2013.

Troisième décoration administrée par la grande chancellerie, la Médaille militaire est davantage mise en exergue grâce à des œuvres phares récemment déposées par le musée de Dijon et le musée du château de Compiègne : le spectaculaire médailler des ordres du maréchal Vaillant, premier maréchal à avoir reçu la Médaille militaire, et son bâton. Placée en début de parcours, une timeline interactive retrace l’histoire des ordres français du Moyen Âge jusqu’à nos jours et délivre ainsi un guide de visite du musée.

La nouvelle muséographie a été confiée à Cécile Degos qui a su l’imaginer en respectant l’esprit de la grande rénovation du musée de 2006 et en préservant le charme des salles historiques. Les stores qui ponctuent la façade ouvrant sur l’esplanade du musée d’Orsay, invitent de manière élégante et ludique à la visite. Le dispositif digital a été conçu par l’agence Anamnesia et complète des écrans vidéo existants.

Ouvert au lendemain de la Grande Guerre, le musée est devenu au fil du temps une référence mondiale incontournable dans le domaine des décorations (la phaléristique). Aujourd’hui 4 600 objets d’art et insignes y sont exposés, intégrés dans leur contexte géopolitique, retraçant l’histoire des distinctions françaises et étrangères, du Moyen Âge au XXIe siècle.

Par sa triple dimension historique, sociologique et artistique, le musée de la Légion d’honneur est destiné à séduire un large public : amoureux de beaux objets, amateurs d’histoire, passionnés de la Légion d’honneur et du Premier Empire, phaléristes, ou bien touristes curieux de découvrir les trésors d’une institution française.

Contact  Presse  de la  Grande chancellerie de la Légion d’honneur : Alice Bouteille &  Cécile Crétien. Palais de la Légion d’honneur. 2, rue de la Légion d’honneur -75007 Paris. Du mercredi au dimanche de 13h à 18h – Mardi réservé aux groupes sur réservation.

Publié par Félix José Hernández.