Paris le 7 novembre 2016.

L’itinéraire de Walasse Ting, artiste inclassable né à Shanghai, actif à Paris, puis New-York et Amsterdam, préfigure l’internationalisation de l’art contemporain chinois survenue dans les années 1990.

Après avoir quitté la Chine pour Hong-Kong en 1946, Walasse Ting gagne Paris en 1953. Ses créations, qui mettent l’accent sur l’expressivité du geste pictural, sont en phase avec les réalisations du groupe CoBrA dont certains membres, comme Pierre Alechinsky, manifestent leur intérêt pour les pratiques asiatiques de l’art du pinceau.

C’est dans cette ville que Walasse Ting découvre son univers, fait d’allers et retours entre l’encre et la couleur pure, entre les codes de la peinture chinoise et la spontanéité de l’Action Painting. Il s’inscrit alors dans le paysage de la création new yorkaise à travers des réalisations collectives, comme le projet One Cent Life(1964), qui réunit aux côtés de Pierre Alechinsky et Sam Francis, Jean-Paul Riopelle, Asger Jorn, Robert Indiana, Robert Rauschenberg, Andy Warhol…

En 1970, Walasse Ting fait don au musée Cernuschi de 80 peintures représentant de manière quasi-exhaustive son univers foisonnant et ludique.

Depuis les compositions monumentales mettant en scène des femmes au corps végétal jusqu’aux feuilles d’un livre-confession, cet ensemble est indissociable de la figure subversive du « voleur de fleurs », double imaginaire de l’artiste.

Cette collection, qui n’a jamais été exposée, a fait l’objet d’une très importante campagne de restauration au cours des dernières années. A la suite de la récente rétrospective consacrée à l’artiste par le Musée d’art moderne de Taipei en 2011, plus largement composée d’œuvres des années 1980 et 1990, le musée Cernuschi revient sur l’ensemble du parcours de Walasse Ting en accordant une place privilégiée aux échanges qu’il a su tisser au sein des milieux artistiques européens et américains.

Parmi les 70 œuvres exposées, la moitié provient des collections du musée Cernuschi, l’autre moitié de collections européennes et américaines.

« Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la scène intellectuelle et artistique parisienne se caractérise par un intérêt renouvelé pour l’art asiatique, qui trouve sa source dans la découverte de la pensée taoïste et du bouddhisme zen, et s’étend à la réception de l’art contemporain, de la calligraphie japonaise à la peinture chinoise. C’est dansce contexte que les peintures de Walasse Ting, présentées à Paris pour la première fois en 1954, vont rejoindre les collections du musée Cernuschi dès l’année suivante. Cette acquisition audacieuse était due à la générosité de Guo Youshou, dont la donation majeure de 1953 avait fait du musée l’une des toutes premières collections publiques dédiées à la conservation de la peinture asiatique contemporaine en Europe.

 Toutefois, les œuvres de la donation Guo Youshou étaient principalement représentatives de la première moitié du XXe siècle, si bien que l’entrée au musée des œuvres de Walasse Ting, un jeune artiste de vingt-sept ans, fut le signal de l’arrivée d’une nouvelle génération de peintres chinois en France, celle de Chu Teh-chun, de Wu Guanzhong et de Zao Wou-ki.

 Installé à New York en 1957, Walasse Ting conservera toujours des liens privilégiés avec ses amis parisiens, relations qui susciteront en 1970 une nouvelle donation d’une forme très personnelle.

 Pour commémorer ses quarante ans, l’artiste offre au musée Cernuschi quarante peintures, auxquelles il adjoint un ensemble de plus de quarante feuilles peintes et calligraphiées qui forment un projet de livre. Ces œuvres constituent une plongée dans l’univers de l’encre chinoise –un univers totalement revisité après plus de dix ans consacrés à l’expérimentation parallèle d’autres médias comme la peinture à l’huile, à l’acrylique, ou la lithographie. Malheureusement, la taille monumentale des œuvres, leur dimension expérimentale ont longtemps été considérées comme un défi difficile à relever en termes de montage et de présentation muséographique. La campagne pluriannuelle de restauration initiée par le musée à partir de 2013 autorise donc aujourd’hui pour la première fois la présentation des peintures les plus spectaculaires de ce fonds qui s’est à nouveau enrichi en 2016 grâce au don de deux œuvres de jeunesse par Françoise Marquet-Zao.

 La diversité culturelle de l’œuvre de Walasse Ting, ses multiples enjeux techniques et son vaste réseau artistique concourent à l’intérêt mais aussi à la complexité d’un projet d’exposition rétrospective. Nous tenons par conséquent à remercier Mia et Jesse Ting pour la manière dont ils ont ouvert avec générosité leurs archives familiales pour nourrir les recherches publiées dans le catalogue. Il me faut également souligner tout ce que cette exposition doit au concours de Pierre Alechinsky, qui, au-delà des documents rares qu’il a mis à la disposition des auteurs, de ses conseils et de son soutien, a su d’un mot ou d’un geste restituer pour les commissaires les conditions mêmes dans lesquelles les œuvres de Walasse Ting avaient été créées. Qu’il en soit ici sincèrement remercié. »

 Éric Lefebvre , directeur du musée Cernuschi , commissaire de l’exposition.

Le catalogue : L’itinéraire de Walasse Ting, artiste inclassable né à Shanghai, tour à tour actif à Paris, New York et Amsterdam, préfigure l’internationalisation de l’art contemporain chinois.

Au début des années 1950, Walasse Ting gagne Paris où ses créations expressives le rapprochent du groupe CoBrA. Si sa prédilection pour Matisse s’affirme pendant ses années parisiennes, c’est à New York qu’il construit son univers, fait d’allers et retours entre l’encre et la couleur pure, entre les codes de la peinture chinoise et la spontanéité de l’action painting.

Tout en retraçant le parcours de Walasse Ting, cet ouvrage présente pour la première fois le fonds exceptionnel du musée Cernuschi, révélant une œuvre d’une incroyable vitalité, chargée d’érotisme, ainsi que la figure fascinante d’un artiste se désignant lui-même sous le nom symbolique du « voleur de fleurs ».

Ouvrage publié sous la direction d’Éric Lefebvre et Mael Bellec. Textes de Pierre Alechinsky, Mael Bellec, Alice Bianchi, Francesca Dal Lago, Patrice Deparpe, Cédric Laurent, Éric Lefebvre, Maëlle Lhoste, Chang Ming Peng. Format : 21 x 30 cm 227 pages . ISBN : 978-2-7596-0330-5

 Walasse Ting  (1928-2010). Le voleur de fleurs.  Exposition du 7 octobre 2016 au 26 février 2017. Commissariat :  Éric Lefebvre, directeur du musée et Mael Bellec, conservateur au musée. Musée Cernuschi. 7 avenue Vélasquez. 75008 – Paris.

Publié par Félix José Hernández.

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