Les 33 révolutions de Canek Sánchez Guevara, le petit-fils du Che

Paris le 13 octobre 2016.

Comment être un homme jeune à La Havane, quand l’espoir est une denrée rare et que les perspectives sont à peu près égales à zéro ? Désabusé, on traîne son spleen entre son bureau et le Malecón. Rhum, salsa, tabac, et parfois un détour chez la Russe du neuvième étage, qui a aussi accès aux boutiques pour étrangers.

La vie ressemble à un disque rayé, tout tourne en rond, les gens bégayent la même rengaine, encore et toujours. I1 fait une chaleur criminelle et la révolution semble s’être oubliée au milieu du gué.

La mer n’est jamais loin, c’est la promesse d’une possible fuite, mais on s’y jette sans réfléchir, sur des radeaux de fortune qui tiennent du ready-made et de l’armoire.

En 33 courts chapitres, Canek Sánchez Guevara, petit-fils du Che, fait vibrer Cuba comme jamais : le désenchantement s’écrit dans une langue superbe, intense, addictive, et la crise des balsas est prétexte à un formidable hymne à la liberté.

« Le petit-fils du t-shirt.

Canek Sánchez Guevara

La Havane 1974 — Mexico 2015.

Canek Sánchez est un oisif professionnel di­plômé en Sciences du comportement urbain des rues de La Havane, nanti d’études élémentaires et supérieures acquises à Mexico, Monterrey, Oaxaca, Milan, Marseille, Barcelone et dans quelques autres banlieues. De nationalité apatride, il est détenteur de deux passeports, même si l’un d’eux ne lui sert à rien et l’autre plus ou moins. Il n’a pas de maison, pas de voiture, et sa solvabilité bancaire est nulle. On raconte qu’il n’a jamais voté. Il a publié plusieurs exercices, tous déplorables. La presse impérialiste et démagogue l’appelle “le petit-fils du t-shirt”. A part ça — assure-t-il — c’est un homme.  Le Nouvel Observarteur, 2010. »

« Je devais donner l’exemple, mais moi j’ai toujours été rebelle » Entretien avec Canek Sánchez Guevara, petit-fils de Che Guevara. Propos recueillis par Daniel Pinós :

« Mon père était persécuté au Mexique, alors nous sommes venus en Europe. Durant toute cette période, je n’étais pas le petit-fils du Che. On ne devait pas savoir que nous avions des liens familiaux avec les Guevara. J’étais un enfant comme les autres même si nous vivions dans l’illégalité. À mon retour à Cuba, en rentrant à l’école secondaire, je me suis converti en petit-fils du Che. J’avais 12 ans. Sans le savoir, j’ai appartenu à une espèce d’aristocratie révolutionnaire, à une bourgeoisie socialiste qui existait déjà, et avec laquelle je n’ai jamais sympathisé. En général les fils des dirigeants ne me plai­saient pas. J’allais à l’école de mon quartier, pas à celle des fils à papa. Mais il y avait une exigence particulière des professeurs à mon égard. Je devais bien me conduire, je devais donner l’exemple, mais j’ai toujours été rebelle, on ne peut rien m’imposer, sinon je fais strictement le contraire. Ma scolarité a été un désastre, je devais être le meilleur et j’ai été le pire des élèves. (…) »

« Les jeunes ne veulent plus rien savoir du communisme, du socialisme, de l’anarchisme, ni d’un quelconque autre “isme”. C’est un rejet viscéral des idées. Dans la réalité de tous les jours à Cuba, on peut constater que certaines de ces idées sont des mensonges. Ces idées, on ne les a pas fait rentrer par la tête des gens, mais par le cul, et toute la putain de journée, à l’école, au travail, à la télé et à la radio. Et c’est là où se situe le principal danger pour la so­ciété post-castriste : qu’il y ait un vide idéologique et politique qui soit immédiatement occupé par le capi­talisme sauvage. Étant donné les carences matérielles dont souffre le peuple cubain, quand les marchandises américaines rentreront librement dans l’île et que les Cubains pourront accéder à elles, personne ne se pré­occupera de politique. Les Cubains vont s’alimenter, réparer leur maison et tenteront de posséder tout ce dont ils ont manqué pendant plus de quarante ans. Il y a un danger d’apathie qui peut entraîner une droitisation. La droite triomphe lorsqu’il n’y a pas de débat politique, de participation citoyenne. Si on ne la pratique pas, la démocratie cesse d’exister. La démocratie ne peut pas être freinée, elle se construit pas à pas… Le socialisme aussi, si on ne le développe pas, il meurt. A Cuba, il est mort, il ne reste que ses oripeaux. (…)» © Le Monde libertaire, novembre 2005.

Une ambiance, des sensations immédiatement perceptibles, pénétrantes, stimulées par une écriture laconique et sans effets ni équivoque. ActuaLitté.

Ce regard acide sur la Révolution cubaine a de quoi nous glacer. Le Journal de Québec

 Anne Marie Métailié vous présente l’ouvrage de Canek Sánchez Guevara “33 révolutions” :

http://www.babelio.com/livres/Snchez-Guevara-33 revolutions/850358#critiques_presse

Canek Sánchez Guevara est né à La Havane en 1974. Fils de militants d’extrême gauche- de la première fille du Che, Hildita et Alberto Sánchez, mexicain-, il les a suivis dans leurs pérégrinations intercontinentales, de Mexico à Barcelone en passant par l’Italie. Écrivain, musicien, photographe, graphiste, anarchiste et fan de rock, il a publié des articles dans des revues mexicaines comme Letras Libres, Proceso et Milenio Semanal, ainsi que des chroniques de ses voyages sur les traces du Che dans Le Nouvel Observateur, sous le titre “Journal sans motocyclette”. Il a écrit avec Jorge Masetti Les Héritiers du Che (Presses de la Cité), un témoignage sur leur enfance à Cuba et leur désillusion croissante. Canek (« Serpent noir »-signification de Canek) Sánchez Guevara est mort à Mexico en janvier 2015 des suites d’une opération du coeur. Son père Alberto, a retrouvé le texte de « 33 révolutions » dans ses affaires, son premier et unique roman.

33 révolutions. Canek Sánchez Guevara. Editions Métailié. Bibliothèque hispano-américaine. Titre original : 33 revoluciones. Traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis. 112 pages / 9 euros. ISBN : 979-10-226-0455-0

Publié par Félix José Hernández.