Paris le 14 septembre 2016.

Les Barbares, le livre incontournable de la Rentrée Littéraire 2016 !

« Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », écrit Montaigne dans un passage célèbre des Essais. Évoquant les peuples du nouveau monde, le philosophe bordelais en vient à conclure que les anthropophages sont plus vertueux que les Européens. Car, somme toute, mieux vaut manger les morts que torturer les vivants. Le barbare n’est pas celui que l’on croit.

En vérité, on ne peut formuler aucune définition universelle de la barbarie, puisque la différence n’existe que dans le regard de l’observateur. En outre, lorsque l’on utilise ce terme, il ne s’agit pas seulement de caractériser l’autre, de l’humilier ou de le poser en motif de haine. Pour chaque société, la désignation du barbare sert avant tout à ériger une norme, la norme, celle qui constitue un facteur d’identité minimale pour les membres du groupe. De fait, rares sont les civilisations qui mettent par écrit les règles du vivre en commun. Ces codes n’apparaissent en pleine lumière que parce qu’ils sont transgressés par le barbare, que celui-ci soit un être réel ou fictif.

La barbarie ne se résume toutefois pas à la construction d’une altérité, fût-elle connotée péjorativement. Dans la plupart des cas, le processus  introduit des constructions spatiales : si le barbare vit autrement, c’est parce qu’il vit ailleurs ou parce qu’il vient d’ailleurs. Dès lors, les différences climatiques, géographiques ou environnementales se voient érigées en barrières comportementales ; ceux qui vivent sous d’autres cieux ont forcément des moeurs différentes. Une tentation fréquente est alors de confondre le comportement et l’ethnicité : telle population apparaît barbare non seulement parce qu’elle vit dans un autre endroit, mais aussi parce qu’elle forme un groupe humain intrinsèquement différent. Sur un plan purement politique, une telle définition du barbare permet de légitimer la construction des modèles civiques ou nationaux. Pour peu que l’on insiste sur l’élément biologique, la barbarie devient le support de modèles raciaux, voire racistes (…). » Introduction de Les Barbares.

Depuis trois décennies, le « barbare » a fait l’objet d’un intérêt accru. L’étude des civilisations se focalisait jusqu’ici sur les espaces plus documentés par les sources écrites, mais une attention nouvelle est désormais accordée aux mondes jugés extérieurs, aux zones de contact, aux pratiques d’échanges et aux formes de la représentation mutuelle. Le barbare apparaît aujourd’hui moins comme l’ennemi irréductible du « civilisé » que comme un autre, que l’on doit construire par des dispositifs multiples et qui s’avère nécessaire pour se définir soi-même.

Deux cents spécialistes questionnent ici la création et l’exploitation de cette altérité à travers des exemples précis pris dans l’histoire mondiale et dans tous les domaines : philosophie, linguistique, sources textuelles, archéologie, histoire de l’art, lieux de mémoire, personnages historiques, droit, culture matérielle, ethnographie, sociologie, historiographie, muséographie, représentations médiatiques…

Tout autant introduction historique que dictionnaire exhaustif, cet ouvrage explore, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, trois mille ans d’histoire de la barbarie.

Maître de conférences en histoire médiévale à l’université de Paris Ouest Nanterre La Défense, Bruno Dumézil est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le haut Moyen Âge occidental dont Les Racines chrétiennes de l’Europe (2005), La Reine Brunehaut (2008), Servir l’État barbare (2013) et Une histoire personnelle de la France – Des Gaulois aux Carolingiens(2013).

Les Barbares. Sous la direction de  Bruno Dumézil. Comité Scientifique : Adrien Bayard, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Bruno Dumézil, université Paris Ouest-Nanterre-La Défense ;  Sylvie Joye, université de Reims ;  Charlotte Lerouge-Cohen, université Paris Ouest-Nanterre-La Défense et  Liza Méry, université de Poitiers. 1520 pages . Format : 15 x 21.7 cm. © Presses Universitaires de France, 2016. ISBN: 978-2-13-074985-1

Publié par Félix José Hernández.

 

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