Les conséquences de Niña Weijers

Paris le 21 août 2017.

Premier roman passionnant, un récit intime, bouleversant, profondément humain sur : l’art, la vie, l’enfance et l’âge adulte.

« La liberté c’était pour les oiseaux et les poissons. Les êtres humains allaient tout au plus en vacances. »

Qu’est-ce que vivre ? Est-ce autre chose qu’être vu par autrui ? Hantée par ces questions, au sortir de l’École des beaux-arts d’Amsterdam, Minnie Panis devient une artiste conceptuelle renommée. Les étranges séries de photos qu’elle produit montrent des traces de son existence, mais jamais elle-même.

Le choc est d’autant plus violent lorsqu’elle se découvre un jour, presque nue, offerte à tous les regards en couverture d’un célèbre magazine de mode. Minnie n’est pas femme à subir un tel “vol d’image” sans réagir : de cette mésaventure surgit un nouveau projet aux implications radicales, où elle entraînera le voleur et se mettra elle-même, plus que jamais, en danger.

Si Minnie s’interroge tant sur sa vie, c’est qu’elle a bien failli ne pas naître, et ensuite ne pas survivre. À plusieurs reprises, les interventions d’un mystérieux médecin aux méthodes New Age, le Dr Johnstone, l’ont sauvée. Mais elle ne peut en avoir gardé le souvenir…

Cet éblouissant premier roman ne cesse de nous surprendre : on croit lire une satire de la scène artistique contemporaine et l’on se retrouve embarqué dans une aventure métaphysique, habilement masquée par une ironie étincelante et une érudition drolatique, qui nous entraîne d’Hildegarde de Bingen à David Bowie et du calendrier maya à Samuel Beckett. Que reste-t-il de l’art et de la vie quand les deux se confondent ? Ce roman lui-même est une expérience, son titre une clef à garder en mémoire à chaque page.

« Le jour où Minnie Panis disparut pour la troisième fois de sa propre vie, le soleil était bas et la lune haut dans le ciel. C’était le 11 février 2012, une journée claire, froide mais pas assez : tôt le matin, elle avait déjà pu sentir la chaleur du soleil sur la peau pâle et rêche de son visage. C’était un samedi.
Pendant des jours et des jours, il avait fortement gelé. Les écluses étaient fermées dans le centre d’Amsterdam et pour la première fois depuis des années, on patinait sur les canaux. On organisait et on annulait des randonnées en patins, on spéculait sur un Tour des Onze Villes, oui, non, cadence hivernale qui tenait le pays en haleine comme s’il s’agissait des cours de la Bourse et que tout le monde possédat des actions. Puis il se mit à geler moins fort. L’air devenait gris et humide, et il ne semblait pas plus doux, mais plus dur et plus vide. Des morceaux de glace jaunâtres surnageaient dans le canal du Herengracht, des canettes de bière et des paquets de chips venaient flotter à la surface et c’était comme si tout le monde commençait seulement à sentir le froid, et le poids de l’hiver.

Le corps humain a la vue singulièrement courte en ce qui concerne l’état amoureux et les conditions climatiques : il pense que la situation présente durera toujours et ne tire aucune, mais vraiment aucune leçon du passé, qui crie peut-être quelque chose, mais contre le vent. Ainsi lorsque, par ce samedi matin de février, le soleil perça, plus personne n’avait envisagé cette possibilité. Des milliers d’yeux clignèrent avec étonnement à la vue de cette lumière improbable et grandiose qui était subitement descendue sur le monde et qui teintait de bleu toutes les molécules de l’atmosphère. Par de telles journées, on n’a pas beaucoup le choix. On peut laisser les rideaux fermés, mais dehors, le monde s’est étiré et toutes les choses s’étirent avec lui, plus haut, toujours plus haut en direction du soleil.

On peut se demander pourquoi vers deux heures de l’après-midi, Minnie alla délibérément se tenir sur la glace trop fine et y resta alors que celle-ci se brisait, juste légèrement étonnée quand cela s’accomplit sous ses pieds, cette transformation du solide en liquide. Pourquoi elle ne se contenta pas de voir les arbres, mais les regarda et sut avec certitude que c’étaient des platanes. Pourquoi elle eut le réflexe de balancer les bras, comme une parodie de danseur de corde, et pourquoi, mais pourquoi tout cela ne fit pas un seul bruit. »

« Un premier roman tranchant et lumineux. » Christophe Ono-dit-Biot, Le Point

« Ce jour là, à Paris, on a envie de rassurer Minnie – Niña, cette jeune “chercheuse de traces” à l’identité incertaine. Avec ce livre, elle en laisse une, assurément. Originale et prometteuse. Qui en appellera d’autres. » Florence Noiville, Le Monde des livres

« On parle dans ce livre de Beckett, de Bowie, on songe bien sûr à Sophie Calle (…) C’est très troublant, très incarné et d’une intelligence qui ne se dément jamais. » “La compagnie des auteurs”, Olivier Mony, France Culture

« Sa façon très singulière d’aimer et d’agir, son regard décalé sur le monde ont valu à ce premier roman et à son auteure de 29 ans un énorme succès et plusieurs prix. Mérités. » Gilles Chenaille, Marie-Claire

« Les Conséquences est un texte rempli de vérités à partager sur le chagrin, l’amour, les rendez-vous ratés. Etre au monde est une tache difficile qui relève de la performance, tous les personnages le vérifient » Virginie Bloch-Lainé, Libération

Niña Weijers née en 1987, a étudié la littérature à Amsterdam et à Dublin. Les Conséquences a été très acclamé à sa sortie aux Pays-Bas et en Bélgique. Plusieurs fois couronné (prix Anton Wachter du premier roman, prix du public Gouden Uil, 2015).

Les conséquences. Niña Weijers. © Editions Actes Sud pour la traduction française, 2017. Traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Sandrine Maufroy. Photographie de couverture © Martina Zancan / Trigger images. 352 pages. 22,80€. ISBN 978-2-330-06315-3.

Publié par Félix José Hernández.