Les premiers albums de Lucien Clergue

Paris le 3 octobre 2015.

Lucien Clergue (1934-2014) n’a pas encore vingt ans lorsque Pablo Picasso décide de le parrainer après qu’il lui ait présenté ses premières photos à la sortie d’une corrida, à Arles (1953). Il accepte de dessiner pour lui la couverture de plusieurs ouvrages à venir et lui présente Jean Cocteau qui l’aide généreusement à structurer le discours de son oeuvre.

C’est grâce à la découverte d’albums de travail à la mort du photographe, restés jusque-là inconnus, que l’on peut saisir la fulgurance et la poésie mortifère qui habitaient alors Lucien Clergue et qui a séduit ces deux grands artistes. Sept albums, notamment de collections textiles pour couturière, récupérés, dont les échantillons de tissus ont été remplacés par des contacts présentent les thèmes les plus radicaux des premiers travaux de Lucien Clergue : charognes, ruines, enfants déguisés en saltimbanques gitans, et très vite, la tauromachie et les premiers nus. Tout est dit de l’âme de ce jeune adulte, encore enfant pendant les bombardements de la seconde guerre mondiale, qui soigne sa mère, petite commerçante arlésienne, avant qu’elle ne disparaisse alors qu’il est encore jeune.

Célèbre pour ses photographies de nus féminins qui rencontrent la révolution sexuelle des années 60/70, le coeur de l’oeuvre de Clergue est d’une autre poésie. Cette exposition le raconte à travers un parcours original qui propose une lecture de l’oeuvre, réduite, réorganisée et dans une nouvelle hiérarchie. Par exemple : ses magnifiques photographies des gitans d’Arles et des Saintes Maries, prennent une ampleur que l’artiste ne leur avait pas donné de son vivant ne voulant pas être pris pour un reporter à une époque où la photographie était très clivée. Il était d’ailleurs celui qui avait découvert Manitas de Plata qu’il accompagne dans le monde entier.

Cette mise en place rapide d’une oeuvre trouve son aboutissement dans une thèse qu’il soutient uniquement à l’aide de photographies devant Roland Barthes qui lui reconnait la maitrise d’un langage émergent. C’est l’apogée de la recherche de Lucien Clergue. Il consacre ensuite une grande partie de son énergie à promouvoir le travail des autres à travers la création des Rencontres Internationales de la Photographie qui deviennent vite le rendez-vous mondial de cet art en plein essor, en parallèle de la gestion de sa propre carrière.

Très tôt exposé au Musée d’Art Moderne de New York (1961), la consécration de Lucien Clergue est d’être le premier photographe à entrer à l’Académie des beaux-arts (2006). Son succès vient aussi de sa qualité de conteur. Sa voix, enregistrée à l’occasion d’une exposition fêtant ses 80 ans aux Rencontres d’Arles, accompagne les visiteurs ainsi que quelques enregistrements pour la télévision qui montrent, très tôt, sa conviction de ce que la photographie va advenir.

Le parcours conçu par les deux commissaires permettra de s’immerger, dans les meilleures photographies de cette période féconde, regroupées par thèmes, dans une mise en scène qui devrait rendre la visite très dynamique et redonner sa juste place à ce photographe mondialement célèbre.

Lucien Clergue. Les premiers albums. 14 novembre 2015 – 15 février 2016. Grand Palais galeries nationales. Commissariat et direction artistique : François Hébel et Christian Lacroix. Maîtrise d’oeuvre technique : Véronique Dollfus. Cette exposition est réalisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, en collaboration avec l’Atelier Lucien Clergue.

Félix José Hernández.

Hispanista revivido.