Les services « Aux Oiseaux Buffon » du comte Moïse de Camondo

Paris le 15 octobre 2016.

Chère Ofelia,

Hier, j’ai eu l’opportunité de visiter la belle exposition Les services « Aux Oiseaux Buffon » du Comte Moïse de Camondo. Une encyclopédie sur Porcelaine  au Musée Nissim de Camondo. On m’a offert très aimablement cette documentation que je t’envoie avec cette lettre. Je te prie de la faire circuler là-bas à La Havane, parmi nos amis qui connaissent la langue de Molière.

Acquis en plusieurs lots à partir de 1898, cet ensemble est l’un des chefs d’œuvre du musée Nissim de Camondo. Le comte Moïse de Camondo se singularise en effet par son intérêt pour les porcelaines européennes de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il apprécie particulièrement les pièces à décor d’oiseaux dans des paysages, produites par les manufactures de Meissen et Sèvres. Mais c’est la réunion de services de table en porcelaine de Sèvres, production luxueuse par excellence, qui va retenir toute l’attention du collectionneur.

Exposé dans le cabinet des porcelaines spécialement aménagé à cet effet, ce service témoigne à la fois de son goût pour l’une des productions les plus brillantes de la manufacture royale de Sèvres et de son intérêt pour l’ornithologie naissante sous le règne de Louis XVI.

Le XVIIIe siècle est celui de la naissance des sciences naturelles comme discipline scientifique et plus particulièrement de l’ornithologie. Rassemblées dans les cabinets de curiosités qui se multiplient, les collections d’histoire naturelle deviennent des objets d’étude, telles celles de Réaumur et du Cabinet du Roi.

Parallèlement, la parution de nombreux ouvrages popularise ces matières nouvelles auprès d’un large public. L’Histoire naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roy est l’oeuvre majeure de Georges-Louis Leclerc, futur comte de Buffon, et l’occupera toute sa vie.

Dès sa jeunesse, il se distingue par ses brillants travaux de mathématicien qui lui ouvrent les portes de l’Académie des Sciences. C’est le point de départ de l’Histoire naturelle, ouvrage encyclopédique paru en 36 volumes de 1749 à 1789, et dans lequel Buffon entreprend non seulement de décrire et classer les collections royales, mais aussi d’expliquer l’ensemble du monde naturel, des minéraux jusqu’à l’être humain.

Comme Réaumur avant lui, Buffon s’appuie sur un réseau de correspondants qui lui envoient du monde entier des spécimens vivants, des notes, des descriptions parfois accompagnées de dessins… Son histoire naturelle est souvent comparée à l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, sur le principe de la diffusion du savoir lié à l’époque des lumières, mais surtout en termes de notoriété et de nombre d’exemplaires imprimés.

Buffon attachait beaucoup d’importance aux illustrations, qui furent assurées par François-Nicolas  Martinet pour les oiseaux, dans une édition in-folio en 10 volumes, publiée de 1771 à 1786. Au total, ce sont 1008 planches en couleurs, dessinées et gravées, et représentant 1239 espèces ornithologiques, qui seront éditées.

Ingénieur de formation, François-Nicolas Martinet est nommé en 1756 graveur au Cabinet du Roi. Spécialiste des illustrations ornithologiques, ses gravures coloriées pour l’histoire naturelle des oiseaux sont restées célèbres par leur qualité jusque-là inégalée. Buffon lui-même considère que « la collection de nos planches coloriées l’emportera sur toutes les autres par le nombre des espèces, par la fidélité des dessins, qui tous ont été faits d’après nature, par la vérité du coloris, par la précision des attitudes ; on verra que nous n’avons rien négligé pour que chaque portrait donnât l’idée nette et distincte de son original ».

Utilisées par les peintres de la manufacture royale pour orner les services Buffon, les gravures en couleurs de Martinet pour l’Histoire naturelle des oiseaux vont donner sa véritable dimension au thème ornithologique à Sèvres.

Le succès des décors aux « oiseaux Buffon » donnent naissance à la création de 15 luxueux services de table, appelés communément « services Buffon », entre 1782 et 1796. Outre leur sujet ornithologique, ceux-ci sont  reconnaissables aux noms des oiseaux inscrits au revers des pièces.

On rapporte que Buffon appelait cette production d’exception, véritable encyclopédie en images qui allie merveilleusement raffinement de la décoration et vulgarisation scientifique : « mon édition sur porcelaine ».

Posséder un service Buffon est particulièrement prestigieux car c’est à la fois être à la pointe du goût dans le domaine des arts de la table et donner à voir les découvertes de l’ornithologie naissante. La plupart des spécimens exotiques sont en effet inconnus en Europe, or l’ intérêt porté aux couleurs explique que beaucoup d’oiseaux reproduits sur les services Buffon appartiennent à des espèces exotiques, notamment tropicales.

Cette production luxueuse ne pouvait que séduire le comte Moïse de Camondo, fervent admirateur de la France des Lumières.

L’exposition sera l’occasion d’étudier de manière approfondie les services Buffon du musée Nissim de Camondo sous l’angle de leur acquisition par le comte de Camondo. Le public pourra ainsi admirer une centaine des plus belles pièces des services Lefebvre (1784), Kendal (1785), Eden (1787) et Madame Lefebvre (1792) achetés par le collectionneur entre 1898 et 1920.

Les pièces de forme seront données à voir dans toute leur variété (compotiers, seaux à glace, mortier, jatte à punch, tasses à glace…) et les meilleurs peintres d’oiseaux particulièrement mis à l’honneur. Enfin seront classés par espèces et provenances géographiques, révélant l’importance des anciennes possessions françaises dans l’étude monumentale menée par Buffon et son apport quant à la découverte d’oiseaux jusqu’alors inconnus comme ceux de Cayenne, en Guyane.

Cette exposition sera l’occasion de dresser la table de la salle à manger du musée pour dix couverts à l’aide du service Lefebvre orné d’oiseaux polychromes et camées en grisaille.

Les services « Aux Oiseaux Buffon » du Comte Moïse de Camondo. Une encyclopédie sur Porcelaine. Du 13 octobre 2016 au 15 janvier 2017. Commissaire : Sylvie Legrand -Rossi, Conservatrice en chef au musée Nissim de Camondo.   Contacts Presse : Marie-Laure  Moreau et Isabelle Mendoza. Musée Nissim de Camondo. 63, rue de Monceau – 75008 Paris.

Je  t’embrasse depuis notre chère et cultivée France,

Félix José Hernández.