L’Été de Katya, de Trevanian

Paris le 6 décembre 2017.

Trevanian décrit l’époque avec beaucoup de justesse. Un roman noir audacieux, passionnant et habilement tissé, qui nous emporte jusqu’à la dernière page.

« Salies-les-Bains, août 1938.

Tous les écrivains qui ont décrit le dernier été précédant la Grande Guerre ont cru devoir commenter la perfection inhabituelle de la saison : les jours sans fin aux ciels d’un bleu ardent traversés d’indolents nuages de beau temps, les longues soirées lavande rafraîchies de brise douce, les petits matins chantants jaunis de rayons obliques. D’Italie en Écosse, de Berlin à mes vallées natales des Basses-Pyrénées, l’Europe entière jouissait d’un temps exceptionnellement clair et délicieux. Ce fut la dernière chose qu’elle eut en commun pendant quatre terribles années – hormis la boue et l’angoisse, la haine et la mort de cette guerre qui marqua la frontière entre le xixe et le xxe siècle, entre l’Âge de la Grâce et l’Ère de l’Efficacité.
Beaucoup de ceux qui ont décrit cet été affirment avoir senti à la fois une fin et un présage dans l’excellence même de la saison : les derniers feux d’une bougie qui vacille, une explosion hellénique d’exubérance désespérée avant la mort d’une civilisation, un dernier instant de joie et de rire presque hystérique pour les jeunes gens qui allaient mourir dans les tranchées. J’avoue que mes souvenirs de cet été, secondés modestement par les notes et les croquis de mon journal, ne portent pas la moindre trace de pressentiment. Peut-être étais-je insensible aux mauvais augures, jeune que j’étais, débordant des sèves de la vie, et trépignant au seuil de ma carrière médicale. »

À l’été de 1914, Jean-Marc Montjean, jeune médecin tout juste diplômé, revient s’installer à Salies, petit village du Pays basque dont il est originaire. Rapidement, il est appelé à soigner Paul Treville dont la jolie sœur jumelle, Katya, l’intrigue de plus en plus. Bien accueilli chez les Treville, le jeune homme devient un ami de la famille, qu’il fréquente assidûment en dépit d’une certaine ambiguïté dans leurs relations. Et même s’il devine derrière leurs hospitalité et bonnes manières un lourd et douloureux secret, il ne peut s’empêcher de tomber éperdument amoureux de Katya, quelles qu’en soient les conséquences.

À la fois histoire d’amour et thriller psychologique, L’Été de Katya est un roman à part dans l’œuvre de Trevanian, qui revisite avec virtuosité et nostalgie la Belle Époque et une certaine idée du romantisme.

« C’est l’été 14, et donc tout le roman est baigné par cette inquiétude, de fausse décontraction, de climat menacé, d’une espèce de bonheur crépusculaire, menacé par une apocalypse future. C’est l’arrière plan du roman mais Trevanian le fait sentir d’une manière extrêmement habile. Et il a un talent de portraitiste psychologique absolument formidable. » Élise Lépine, François Angelier, FRANCE CULTURE

« La plume, somptueusement noire, de Trevanian fouille les fondements de l’âme. L’atmosphère est à l’orage, faisant imploser tous les personnages. Une métaphore de la guerre qui s’apprête à frapper la jeunesse d’alors. Un roman angoissant, dans une atmosphère so british. » LIVRES HEBDO

« C’est une histoire d’amour dans une ambiance délétère, un thriller psychologique. » Gilbert Chevalier, FRANCE INFO

« Ici, ni super héros, ni ressorts spectaculaires. Juste la belle et douloureuse musique d’amours à jamais contrariés. Superbe. » LE TÉLÉGRAMME

« Un tour de force… Une histoire qui explore méticuleusement quelques-uns des plus sombres recoins de l’âme humaine. » WASHINGTON POST

« Des retournements de situations et révélations successives qui conduisent à un final digne d’un film d’Hitchcock. Une construction géniale. » KIRKUS REVIEW

« Le plus élégant, exquis et ingénieux des thrillers. » NEW YORK DAILY TIMES

Trevanian, la légende…

Trevanian est autant une légende qu’un mystère. Un auteur sur lequel les rumeurs les plus incroyables ont circulé et qui a attisé la plus folle curiosité du monde littéraire. Un écrivain sans visage dont les livres se sont vendus à plus de cinq millions d’exemplaires et ont été traduits en près de quinze langues sans qu’il ait jamais fait de promotion :

Tout commence par la parution de La Sanction en 1972, succès planétaire qui sera adapté au cinéma trois ans plus tard par Clint Eastwood. Le film connaîtra le même retentissement que le livre, mais toujours aucune trace du romancier.

Un an plus tard, Trevanian donne une suite à La Sanction avec L’Expert. Même succès, même silence de l’auteur.
Après trois années d’absence, Trevanian publie un roman policier dont l’action se situe au Canada, The Main. À cette période, Trevanian a eu un corps. Celui d’un Texan qui faisait des apparitions lors de cocktails littéraires et qui s’avéra être un imposteur, en accord avec le vrai Trevanian.

En 1979, pour le lancement de Shibumi, Trevanian accepte de donner une interview par téléphone et de lever un tant soit peu le voile sur ses inspirations et ses goûts littéraires sans révéler son identité. En 1983, il publie L’Été de Katya. À l’occasion de la parution de ce livre, qui tranche radicalement avec les précédents ouvrages, un article du Washington Post révèle qui se cache derrière Trevanian, et l’éditrice du Who’s Who in America renchérit : elle indique que le véritable auteur s’appelle Rodney Whitaker, qu’il est né au Japon en 1925, est titulaire d’un doctorat en communication et a été professeur à l’université du Texas.

Bien que l’auteur véritable ait été découvert, cela n’empêche pas le mythe de perdurer au rythme des parutions sporadiques de Trevanian : à la toute fin des années 1990, la rumeur court qu’il est mort (il l’avait déjà été en 1987), mais il publie bientôt un recueil de nouvelles.

À la publication d’Incident à Twenty-Mile, en 1998, le créateur de cet étrange auteur, dont tout le monde semble vouloir nier l’existence, se livre enfin dans deux entretiens réalisés par fax. Et le jour où le monde découvre qui se cache derrière Trevanian se révèle un autre mystère : celui de son créateur, Rodney Whitaker.

Un écrivain protéiforme et inclassable qui aura écrit des ouvrages sur le cinéma et d’autres romans et nouvelles, sous son propre nom, sous le pseudonyme de Trevanian, mais également sous ceux de Benat Le Cagot (le nom d’un personnage de Shibumi), Nicolas Seare, Edoard Moran ou Jean-Paul Morin. Il révèle que tous les pseudonymes qu’il utilise sont d’abord des personnages qu’il a lui-même créés. Après l’idée du livre, Whitaker invente l’auteur le mieux à même de raconter l’histoire, lui donnant la voix, le style, le passé, le milieu social, tout ce qu’il fait qu’il devient le meilleur écrivain pour ce texte précis. La clé du mystère Trevanian est là : ce besoin éperdu de liberté dans la création littéraire. Le refus d’être associé à un nom de plume, en particulier pour pouvoir aborder tous les genres, toutes les histoires possibles. L’écriture avant tout.

À la question de son refus de se montrer, il répond : “Je préfère la dignité à la richesse.”

Depuis cette longue explication par fax, des éléments biographiques concernant Whitaker sont apparus. Né en 1931 à Granville, dans l’État de New York, il passe son enfance entre les côtes Est et Ouest des États-Unis. Une partie de sa famille a des origines indiennes du Canada. Il effectue son service militaire dans l’US Navy en Corée et au Japon, de 1949 à 1953. À son retour d’Asie, il s’inscrit à l’université de Washington pour y suivre des études de théâtre avant d’obtenir un doctorat en communication à l’université Northwestern. Il enseigne la mise en scène au Dana College à Blair, dans le Nebraska, avant de devenir professeur associé à l’université du Texas, à Austin – département cinéma. En 1970, il obtient le Esquire Magazine’s Publisher’s Award pour un moyen métrage, coécrit et codirigé avec Richard Kooris, intitulé Stasis et adapté de la nouvelle de Sartre, Le Mur. La même année, il publie sous son nom The Language of Film, un essai sur le cinéma, avant de s’atteler au roman qui fera connaître Trevanian dans le monde entier. Au milieu des années 1970, après avoir quitté l’université du Texas, il devient professeur à l’université Bucknell, en Pennsylvanie, ainsi qu’au Emerson College, à Boston, avant de quitter définitivement les États-Unis et de partager son temps entre la France, dans un petit village basque du nom de Mauléon, et l’Angleterre, à Dinden, dans le Somerset. Il y passera le reste de sa vie avec sa femme, rencontrée à Paris, et ses quatre enfants.

L’Été de Katya. Trevanian. Roman noire traduit de l’américain par Emmanuèle de Lesseps. Traduction révisée par Marc Boulet. Titre original : The Summer of Katya. © Éditions Gallmeister, 2017, pour la traduction française. Photo de couverture © Malgorzata Maj / Archangel Conception graphique : Valérie Renaud. 14 x 20,5 cm. 272 pages. 20,50 euros. ISBN : 978-2-35178-167-8

Félix José Hernández.