L’innocence archaïque de Le Douanier Rousseau

Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau (1844-1910). Le Rêve, 1910, huile sur toile, 204,5 x 298,5 cm. New York, The Museum of Modern Art, don de Nelson A. Rockefeller, 252.1954.© 2016. Digital image, The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence
Henri Rousseau, dit Le Douanier Rousseau (1844-1910). Le Rêve, 1910, huile sur toile, 204,5 x 298,5 cm. New York, The Museum of Modern Art, don de Nelson A. Rockefeller, 252.1954.© 2016. Digital image, The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence

Paris le 25 mas 2016.

Chère Ofelia,

Hier, j’ai eu l’opportunité de visiter la très belle exposition Le Douanier Rousseau. L’innocence archaïque, au Musée d’Orsay. On m’a offert très aimablement cette documentation que je t’envoie avec cette lettre.

Peintre éminemment singulier, Henri Rousseau est un cas unique dans l’histoire de l’art européen. Son œuvre s’inscrit pourtant dans son temps,au tournant du XXème siècle.

Loin d’être une énième célébration de la naïveté du Douanier Rousseau, l’exposition a comme intention de démontrer combien son travail appartient à une tendance de l’art occidental qui, de l’Amérique à l’Europe, à partir du XVIe siècle jusqu’aux deux premières décennies du XXe siècle, a adopté un modèle stylistique de type archaïque, en opposant -inconsciemment ou consciemment -une peinture « anticlassique » à la peinture « officielle » des différentes époques.

En confrontant sa peinture à quelques-unes de ses sources d’inspiration, qui comptent l’académisme comme la nouvelle peinture, et aux œuvres des artistes d’avant-garde l’ayant intronisé comme père de la modernité, l’exposition se veut une mise en lumière critique de son art autour d’une réflexion sur la notion d’archaïsme.

Des œuvres de Paul Gauguin, Pablo Picasso, Carlo Carrà, Diego Rivera, Max Ernst, mais aussi des œuvres anonymes ou d’artistes parfois méconnus permettent d’évoquer la richesse des liens qui se tissent autour du Douanier Rousseau, creuset d’une voie originale dans l’exploration de la modernité.

L’accent est mis sur le rôle essentiel du Douanier Rousseau dans l’affirmation de l’avant-garde parisienne et internationale: Picasso, Delaunay, et les artistes de l’avant-garde allemande, au premier rang desquels Kandinsky, ont non seulement admiré l’œuvre de Rousseau, en faisant une source d’inspiration de leur propre travail, mais l’ont aussi collectionnée.

Moi-même, portrait-paysage (1889-1890, Prague, Narodni Galerie) et le Portrait de Monsieur X (dit Pierre Loti) (1906, Kunsthaus Zürich) annoncent, au début du parcours, la singularité de l’œuvre de l’artiste qui affirme être l’inventeur du genre du «portrait –paysage»: celui-ci trouve en réalité ses antécédents dans le portrait des maîtres anciens, illustrés par le Portrait d’homme au bonnet rouge de Vittore Carpaccio (Venise, musée Correr) ; cette œuvre influencera à son tour plusieurs générations d’artistes, tel Fernand Léger qui s’inspire du Portrait de Pierre Loti pour Le Mécanicien (Montréal, musée des Beaux-Arts).

Conçue autour de ce dialogue entre échos du passé et anticipations de l’avenir, l’exposition est organisée autour des thématiques récurrentes de l’œuvre du peintre: les paysages immobiles, peuplés de figurines anonymes et d’ «hommages» à la nouvelle modernité des avions et de dirigeables, ou encore les natures mortes ou les portraits d’enfants solitaires et souvent inquiétants (Pour Fêter bébé!, 1903, Wintherthur, Kunstmuseum), qui ont laissé des traces profondes sur Picasso et Carrà notamment.

Cette dimension «familière» de son art se développe en parallèle à ses images oniriques du monde à l’état sauvage: des chefs-d’œuvre tel Le Rêve (1910, New York, MoMA), vision fantastique qui annonce les atmosphères surréalistes, seront présentées à côtés des Jungles (Le lion, ayant faim, se jette sur l’antilope, Bâle, Fondation Beyeler).

«Compositions immenses, où le grotesque s’associe au tendre, à l’absurde et au magnifique», comme l’écrivit Ardengo Soffici en 1910, elles demeurent le témoignage de cet artiste visionnaire, à «l’œil innocent de l’enfant».

Le Douanier Rousseau. L’innocence archaïque. Niveau 0, Grand espace d’exposition. 22 mars–17 juillet 2016. Cette exposition est organisée par le Musée d’Orsay, Paris avec la collaboration scientifique de la Fondazione Musei Civici di Venezia.

Commissariat général : Guy Cogeval, président des musées d’Orsay et de l’Orangerie; Gabriella Belli, directrice de la Fondazione Musei Civici di Venezia. Commissariat : Beatrice Avanzi et Claire Bernardi, conservateurs au musée d’Orsay. Scénographie : Daniela Ferretti.

Catalogue de l’exposition, coédition Musée d’Orsay / Hazan, 27,5 x 31 cm, 280 pages, 180 ill. Album de l’exposition, coédition Musée d’Orsay / Hazan, bilingue français-anglais, 22 x 28 cm, 48 pages, 45 ill. Livret-Jeu jeunesse: Le Cahier du Douanier Rousseau, coédition Musée d’Orsay / Éditions courtes et longues, 32 pages.

Conférence inaugurale Vendredi 1 avril 2016 à 12h, présentation de l’exposition par les commissaires. La présentation sera suivie de la projection du documentaire inédit Le Douanier Rousseau ou l’éclosion moderne de Nicolas Autheman (Coproduction Les Films du Tambour de Soie / Arte / Musée d’Orsay).

La Nuit du Douanier, jeudi 31 mars à partir de 18h. Musique dans la nef du musée, poésie, lanterne-magique et cinémavous plongeront dans l’univers de cet artiste singulier.

Galerie d’écoute avec Arte Radio: spéciale Douanier Rousseau, jeudi 28 avril à19h30.
Colloque Inventer Le Douanier Rousseau, le mercredi 11 mai de 14h à 17h et le jeudi 12 mai de 10h à 17h.

Je t’embrasse depuis notre chère et cultivée France,

Félix José Hernández.

Hispanista revivido.