Louis Jourdan, le dernier French lover d’Hollywood d’Olivier Minne

Paris le 10 octobre 2017.

Olivier Minne signe une belle biographie du dernier French lover d’Hollywood, qui se dévore, l’histoire de sa carrière d’exception, une étoile qui représentait la beauté et l’élégance à la française.

« Maybrook Drive- Beverly Hills- Vendredi 21 juillet 2010.

« Madame Jourdan ? »

La petite dame qui vient d’ouvrir la lourde porte en bois de couleur verte me regarde, circonspecte. Elle se met aussitôt à crier : « Mrs Jourdan ! Mrs Jourdan ! »

Je comprends qu’il y a méprise. Je reste silencieux, tenant fermement mon enveloppe contre ma poitrine. « She’s coming ! » me dit-elle après avoir jeté un œil sur le côté.

Ne tarde pas à se présenter à moi une femme âgée qui, à en croire la finesse de ses traits, semble avoir été très belle. Petite et frêle, elle se tient droite et me fixe avec attention, le regard dur.

« I am Madame Jourdan. Que voulez-vous ?

J’ai ici une lettre pour votre époux.

— Donnez-la moi, je la lui remettrai ! »

— J’hésite. Dois-je la lui donner ? Va-t-elle vraiment la lui remettre ? Voyant mon hésitation, madame Jourdan me regarde de la tête aux pieds. Je porte un tee-shirt marqué par la sueur car cette année-là l’été est particulièrement chaud à Los Angeles. Mon jean est élimé, bref je n’ai rien sur moi qui puisse inspirer confiance à une vieille dame. Il est vrai que je n’avais pas prévu de me retrouver face à elle. Mon idée première était de laisser mon courrier dans la boîte aux lettres. Mais une petite voix m’a fait penser qu’il était préférable de frapper à la porte et de le remettre à celui ou celle qui m’ouvrirait.

La femme continue de m’inspecter. Son regard glisse sur moi comme une caméra de surveillance, puis elle lâche :
« Vous désirez peut-être la lui remettre en main propre…
— Je n’osais vous le demander. »

Un dernier regard posé sur mes cheveux ébouriffés, elle me fait signe de la suivre.

La porte se referme sur moi. À l’intérieur règne un calme de bénédictin. Je la suis. De dos, avec son déshabillé en soie de Chine qui ondule lentement, on dirait une vieille Pékinoise marchant à pas lents. Raide comme une hallebarde, la démarche élégante, elle se retourne pour s’aviser que je la suis pile au moment où, profitant d’un miroir croisé fort opportunément, j’essaye de remettre tant bien que mal ma tignasse en place. Elle me sourit brièvement et reprend sa déambulation. Nous passons par un couloir aux murs couverts de dessins de Matisse, de petits cadres reprenant des pensées de Proust, Montherlant, Schopenhauer. Pour ma part, je veille bien à prendre le tempo de mon hôte. Un tempo lent, presque arrêté. Comme si tout était ici au ralenti. Elle oblique sur la gauche et entre dans le salon-bibliothèque. Je marque un arrêt à la porte.

« Louis, il y a quelqu’un pour toi ! »

Elle se retourne et me fait signe d’entrer.

Nous sommes le mercredi 21 juillet 2010. Il est 17 heures et nous sommes à Beverly Hills. Je viens de pénétrer dans l’univers feutré et très fermé d’un homme oublié de beaucoup mais qui fut pendant plus de cinquante ans le plus bel ambassadeur que la France ait jamais eu en Amérique… Louis Jourdan. »

Quel incroyable destin que celui de Louis Jourdan (1921-2015). Né à Marseille, il fit rapidement ses débuts devant la caméra de Marc Allégret avant d’enchaîner quelques films français dans les années 1940. Repéré par le grand producteur David O. Selznick, Hollywood lui ouvre ses portes en 1946. Il tournera avec Alfred Hitchcock, Max Ophüls, Vincente Minnelli pour ne citer qu’eux, dans une longue carrière américaine au cours de laquelle il fut élu l’« homme le plus séduisant du monde » et qui le vit donner la réplique à Elizabeth Taylor, Leslie Caron, Brigitte Bardot, Gregory Peck, Franck Sinatra, Grace Kelly ou encore James Dean. Mort à Beverly Hills en 2015, il incarna comme peu d’autres l’élégance française et la beauté.

Richement illustrée, cette biographie raconte l’âge d’or hollywoodien puis le déclin des « grands studios ». Cela au fil d’une mise en scène passionnante, composée d’allers-retours entre le passé glorieux de Jourdan et les nombreux entretiens que l’auteur, Olivier Minne, a pu avoir avec lui au cours des cinq dernières années de sa vie.

« Outre un réel talent de conteur, Olivier Minne a une vraie tendresse pour son sujet qui transparait tout au long du livre sans pour autant occulter la complexité du personnage. Celui qui fut élu « l’homme le plus séduisant du monde », Jourdan se révèle bien plus passionné par la littérature et par la musique qu’il ne l’a jamais été par sa carrière. C’est d’ailleurs bien souvent sur les conseils de sa femme (un sacré personnage cette Quique) qu’il acceptait un rôle. » Bouquins de poches en poches

« Il peut également se prévaloir d’être l’acteur français à la plus longue carrière hollywoodienne : Cary Grant, Greta Garbo, James Stewart, Marilyn Monroe, James Dean, Frank Sinatra, Joan Crawford, Gary Cooper, Grace Kelly, Howard Hawks, Alfred Hitchcock, Frank Capra, Lauren Bacall, Elizabeth Taylor, Grégory Peck, il les a tous côtoyés et connus. Ils peuplent ce livre, fruit de cinq années d’entretiens avec Louis Jourdan, croisés avec les témoignages d’autres figures du cinéma. Richement illustrées, ces pages font revivre toute une époque, des derniers soubresauts de l’âge d’or d’Hollywood aux mutations d’une industrie sous l’emprise croissante de l’argent et du succès. » Livres-Cinema.info

Olivier Minne, animateur, producteur, auteur, journaliste et comédien, Olivier Minne a animé plusieurs talk-shows et émissions de divertissement. Passionné de théâtre, il part à Los Angeles en 2002 pour suivre les cours de l’Actors Studio, et produit des pièces mettant en scène acteurs professionnels ou animateurs de télévision.

Louis Jourdan. Le dernier French lover d’Hollywood. Olivier Minne. © Éditions Séguier, Paris, 2017. Format: 15 x 21 cm. 608 pages. Prix: 22.90 €. ISBN: 978-2-84049-725-7

Créés dans les années 1980, les Éditions Séguier sont dédiées aux arts, tous les arts. La priorité est accordée aux personnages réputés secondaires mais dont l’influence – et parfois l’œuvre -ont été durablement sous-estimées. Il en résulte des essais, entretiens et biographies, regroupés dans un catalogue ouvert à un public soucieux de parfaire ses connaissances et de polir ses goûts.

Publié par Félix José Hernández.

 

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