Paris le 29 janvier 2017.

Depuis la rétrospective de 1980-1981, il y a trente-cinq ans, dans les Galeries Nationales du Grand Palais, aucune grande exposition d’œuvres de Camille Pissarro n’a été organisée à Paris, alors que l’artiste impressionniste a été mis en vedette au Japon, en Allemagne, en Grande Bretagne et aux États-Unis. Cette
période a vu la recherche progresser considérablement, avec notamment la publication des cinq volumes de la correspondance de Pissarro, l’inventaire de la grande collection de dessins de l’Ashmolean Museum d’Oxford et le monumental catalogue raisonné des tableaux, produit par l’Institut Wildenstein à Paris.

L’année 2017 marque le grand retour de cet aîné du groupe Impressionniste sur la scène parisienne. Parallèlement à la rétrospective que lui consacre le musée Marmottan Monet, qui débute en février, la Réunion des musées nationaux-Grand Palais organise ainsi au musée du Luxembourg une exposition sur un sujet entièrement neuf, se concentrant sur les deux dernières décennies de la carrière du peintre. Installé dans le village d’Eragny-sur-Epte, il y développe une forme d’utopie qui traverse aussi bien sa peinture que son engagement politique.

Les deux grands spécialistes de l’artiste, Richard Brettell et Joachim Pissarro, sont réunis une nouvelle fois pour assurer le commissariat de cette ambitieuse exposition abordant la période la moins étudiée et la plus complexe de la carrière de Pissarro. Il s’agit de tableaux, dessins et gravures aussi spectaculaires que peu connus, créés à Éragny pendant une période de vingt années. L’artiste s’y installe au printemps de 1884, louant une belle maison de campagne dont il deviendra propriétaire en 1892 grâce à un prêt octroyé par Claude Monet, et où il restera toute sa vie.

L’exposition inclut non seulement les émouvants paysages de cette pseudo-ferme, résolument rustique et productrice (à l’opposé de la luxuriance colorée de Giverny), que Pissarro a immortalisés au fil des saisons, mais également des tableaux représentant une multitude de personnages, conçus dans l’atelier et localisées dans les terrains champêtres d’Éragny. Une place importante sera réservée aux œuvres graphiques de Pissarro conçues durant la même période, aquarelles éblouissantes et gravures aussi radicales que celles d’un Gauguin. Pissarro invente aussi un mode de collaboration artistique et familial inédit, notamment dans sa collaboration avec son fils Lucien, qui culmine avec la création de la Eragny Press. Cette petite maison d’édition familiale initiée à Eragny poursuivra ses activités à Londres, rehaussant d’illustrations et de reliures d’art les grands textes favoris de la famille. Pissarro était passionné par l’idée du travail collectif, avec d’autres artistes, théoriciens et écrivains politiques, comme avec les membres de sa propre famille.

L’esthétique des œuvres d’Eragny prend tout son sens si elle est analysée sous l’angle politique. On sait que Camille Pissarro était un fervent anarchiste et qu’il fut à ce titre inquiété, à tort naturellement, après l’assassinat de Sadi-Carnot. L’exposition rassemble des témoignages de cet engagement, montrant en particulier son étonnant recueil intitulé Turpitudes sociales où il se fait l’héritierde Daumier, mais aussi les journaux anarchistes auxquels il a fourni des illustrations. Ces idées se traduisent aussi dans sa peinture.

Tandis que Monet transforme son petit jardin potager de Giverny en un véritable Eden florissant, Pissarro, avec l’aide de sa pragmatique épouse Julie, entretient son terrain comme une exploitation agricole, produisant des animaux, fruits et légumes et même des céréales. La famille Pissarro a pu se nourrir des fruits de ses travaux agraires, mettant en pratique un modèle collectif. Pour eux, le paysage symbolisait à la fois la vie et la beauté, quelques parterres de fleurs poussant dans les sections du jardin les plus proches de la grande demeure.

Il est saisissant de penser que le jardin de Monet et la ferme de Pissarro bordaient le même cours d’eau, la rivière Epte, parcourant le paysage d’Éragny jusqu’à Giverny avant de se jeter dans la Seine aux environs de Vernon.

Les expositions consacrées à Camille Pissarro jusqu’à présent ont été centrées sur un thème, comme The Impressionist in the City : Pissarro’s Urban Series, dirigée par Joachim Pissarro et Richard Brettell en 1993, Cézanne and Pissarro 1865-1885 présentée au MoMA en 2005 et au musée d’Orsay en 2006, Pissarro’s People, organisée par Richard Brettell en 2011, ou plus récemment Pissarro dans les ports au MuMa Le Havre en 2013 (commissaires Annette Haudiquet et Claire Durand-Ruel Snollaerts). Le projet de Pissarro à Éragny développe une autre approche, centrée sur un aspect peu connu de la carrière, scrutant la méthode et les convictions de ce père de l’impressionnisme. De nombreuses œuvres seront montrées pour la première fois en France, ajoutant à l’originalité du point de vue le plaisir d’une totale découverte.

En regard, 80 photographies présentées du 18 mars au 23 juillet 2017 sur les grilles du Jardin du Luxembourg témoigneront, d’une part, de l’intérêt patrimonial du jardin au travers de grands noms de la photographie et, d’autre part, de sa valeur artistique à travers l’objectif du photographe Jean-Baptiste Leroux, reconnu pour son travail sur les jardins labellisés « Jardin Remarquable ». A l’issue du concours « Jardins extraordinaires » lancé par la Rmn-Grand Palais sur la plateforme Wipplay à l’été 2016, trois lauréats verront également leurs photographies tirées en grand format sur les grilles.

Publications aux éditions de la Réunion des musées nationaux – Grand Palais, Paris 2017 :

– catalogue de l’exposition, 25,5 x 23 cm, relié, 240 p., 160 ill., 35 €

– album de l’exposition, 21 x 26,5 cm, broché, 48 p., 45 ill., 10 €

Pissarro à Eragny. La nature retrouvée. 16 mars – 9 juillet 2017. Cette exposition est réalisée par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais.

Commissariat : Richard Brettell, Founding Director, The Edith O’Donnell Institute of Art History and the Margaret McDermott Distinguished Chair, co-Director, CISM (Center for the Interdisciplinary Study of Museums), The University of Texas at Dallas et Joachim Pissarro, Bershad Professor of Art History, and Director of the Hunter College Art Galleries, The City University of New York. Scénographie : Etienne Lefrançois et Emmanuelle Garcia.

Contact presse : Florence Le Moing.

Musée du Luxembourg. 19 rue Vaugirard, 75006 Paris. Ouverture : tous les jours de 10h30 à 19h, nocturne le vendredi jusqu’à 22h.

Publié par Félix José Hernández.

Deja un comentario