Porto Rico, l’anti-Catalogne

L’île américaine rêve de redevenir espagnole

 

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« En retournant en Espagne, nous aurons l’autonomie ». Cette déclaration paradoxale, rapportée par le Guardian, est de José Nieves Seise, fondateur en 2013 du groupe Réunification de Porto Rico avec l’Espagne. Alors que la bataille catalane pour l’indépendance se poursuit chez nos voisins Espagnols, à Porto Rico des voix s’élèvent qui souhaitent rejoindre leur ancienne puissance tutélaire, dans l’espoir d’échapper à un présumé marasme économique étasunien.

Pour l’organisation portoricaine, le but est de changer l’image de Porto Rico, vue comme une ancienne colonie asservie par la puissance impérialiste : « En réalité, l’île était une partie intégrante de l’Espagne. Les Etats-Unis nous ont envahis en 1898, et nous ont séparé contre notre volonté » précise Nieves Seise, qui semble avoir la mémoire courte puisque ses ancêtres se levèrent autrefois contre la domination espagnole lors du mouvement « Grito de Lares », en 1868.

Pourtant, selon son association, la séparation de l’île avec l’Espagne à la fin du XIXe siècle ne fut que superficielle et non désirée par son peuple. Lui et ses camarades travaillent donc, entre autres, à remettre en avant les liens persistants entre l’île caribéenne et le pays européen : « Les Portoricains aiment le peuple espagnol ; nous sommes Espagnols. Nous voulons revenir dans ce pays auquel nous appartenons » clame le chef de l’association politique dans le journal anglais. Il est vrai, notamment, que les Portoricains, conservent l’Espagnol comme première langue malgré leur rattachement aux Etats-Unis.

Le projet de Nieves Seise a cependant peu de chances d’être réalisé puisqu’il repose sur la contestation du Traité de Paris, datant de 1898, qui fit passer Porto Rico de l’égide espagnole aux mains américaines. Mais, malgré cet accord centenaire, les membres du groupe ont tenu à rencontrer, l’année dernière, des diplomates espagnols au consulat de Porto Rico : « Notre but était de leur faire savoir que nous existions et que nous défendions un projet sérieux », explique Nieves Seise. Pour aller plus loin, Il projette d’écrire directement au Roi d’Espagne, Felipe VI, afin de rallier le monarque à son mouvement.

A ce jour, celui-ci n’a reçu aucune réponse officielle des autorités espagnoles. Certains Portoricains font donc des appels du pied à leur partenaire désiré. Ivan Arrache, journaliste portoricain au Diario de La Marina, a notamment livré un article enjoignant les Espagnols de passer à leur tour à l’action : « Vont-ils nous laisser faire tout le travail tout seul ? » s’exaspère-t-il.

Si le gouvernement espagnol reste silencieux, certains citoyens répondent à leurs cousins d’outre-Atlantique. En janvier, une poignée de précurseurs ont créé dans la province de Castellon (située dans la communauté valencienne, au sud de la Catalogne) un groupe défendant la constitution d’un bloc hispanique, sur le modèle du Commonwealth ou de la Francophonie, et dans lequel Porto Rico serait le bienvenu : « Personnellement, j’étais attiré par l’idée de créer une communauté de citoyens qui partagent la culture espagnole, déclare l’Espagnol Cristofer Pons Rodriguez dans le Guardian. Il faudrait créer un bloc hispanique comme une alternative au monde Anglo-Saxon, pour défendre nos intérêts ».

Si la richesse de la Catalogne la pousse à quitter le pays, la crise qui touche Porto Rico explique, du moins en partie, ce désir de se rattacher à l’Europe. La dette portoricaine atteint en effet 72 milliards de dollars et son taux de chômage 12,2%. Dans ces conditions, et malgré les 22% de chômage en Espagne, la dynamique de reprise qui pointe timidement en Europe suffit, selon Nieves Seise, à rendre désirable le retour sous l’égide espagnole.

Au-delà d’arguments économiques discutables, ce sont surtout les questions de l’indépendance et de l’identité qui sont d’une importance cruciale. Les relations entre Porto-Rico et les Etats-Unis se sont en effet refroidies puisque l’île a déjà demandé à plusieurs reprises à changer de statut. Actuellement, Porto-Rico appartient au « Commonwealth » américain (qui ne contient que les îles Marianne et Porto-Rico, et ne doit pas être confondu avec l’immense Commonwealth britannique). Sous ce régime, Porto-Rico n’a notamment aucun contrôle sur sa politique étrangère et ne jouit que d’une influence minime sur la politique américaine. « Actuellement, nous ne pouvons pas voter pour le président des Etats-Unis, nous avons une représentation limitée » argumente Nieves Seise.

Le projet de ce dernier est d’ailleurs né du silence américain quant au changement de statut de son île. Depuis quelques années, les campagnes se sont multipliées, notamment en faveur de l’obtention du statut d’Etat américain, mais n’ont donné lieu à aucun changement. Un référendum a pourtant été organisé en 2012, auquel les portoricains ont répondu à 54% qu’ils étaient favorables au changement de statut de leur territoire.

Nieves et ses militants, eux, pensent que le changement d’allégeance serait la meilleure solution. Revenir dans une Espagne avec laquelle Porto-Rico partage une langue et une religion leur semble naturel. Si les arguments économiques avancés paraissent bancals, la revendication de leur groupe paraît avant tout reposer sur un héritage culturel. Dans une Europe où Catalans et Ecossais revendiquent leur droit à l’indépendance, la demande portoricaine détonne et donne à voir la variété des mouvements identitaires.

*Photo : Wikipédia.

Hispanista revivido.