Tous les hommes chaussent du 44 par Géraldine Barbe

Tous les hommes chaussent du 44 par Géraldine Barbe

Paris le 30 mars 2017.

« Trois mois plus tard, la machine est enclenchée, elle attend. « Oh j’attends qu’il me sonne. »
Sur la petite terrasse ensoleillée et venteuse de son café préféré dont le charme est de ne pas chercher à en avoir, Gilda rejoint Emma, son amie féministe au look un peu années 30. Cheveux ondulés blond vénitien coupés court, teint pâle, lèvres rouges, pas d’enfants, un travail qui la passionne, beaucoup d’amants, Emma a tout essayé, tout vécu. Hommes, femmes, trans, son appétit et sa curiosité sexuelle sont sans limites.

Pour l’instant elles sont au thé, j’espère que ça ne durera pas car le thé est une boisson vraiment ennuyeuse. Vraiment si elles restent au thé moi je me casse.

— Alors c’est qui ce garçon ? Qu’a-t-il de si exceptionnel ?
— Ce n’est pas un garçon, c’est un homme. Il s’appelle Patrick, il est prof de français, il a 47 ans, des cheveux et le permis de conduire.
— Mais quelle extravagance!
— Il chausse du 44.
— Ça, c’est un argument.
— Dans ma vie, les mecs ont toujours fait du 42, c’est un signe. Il est différent. En plus il est Bélier.
— S’il est Bélier je n’ai plus rien à dire.
— J’ai passé des années à chercher dans la ville un homme comme on cherche une paire de chaussures. J’investiguais pieds nus, je n’arrivais pas à m’ancrer sur le sol, je ne trouvais pas chaussure à mon pied, ça tournait au cauchemar.
— Des hommes et des chaussures, il n’y a que ça dans ton quartier.
— Yen avait plein, yen avait trop, je détestais tous les modèles. La forme, la matière, la couleur, le confort à l’usure, toujours quelque chose déconnait. J’en ai eu marre, j’ai commencé à déprimer, j’ai chopé la flemme d’essayer. Je me suis dit tant pis, plus d’homme, pieds nus toute la vie, j’ai commencé à m’habituer. File pas trop la métaphore des chaussures, c’est vulgaire.
— T’habituer ? Tu parles ! Tu oublies que l’an dernier, tu t’es acharnée vainement et pendant des mois à tenter de séduire un pauvre gars avant de jeter ton dévolu sur un autre innocent qui lui n’a malheureusement pour lui pas eu la présence d’esprit de t’ignorer. Si je n’étais pas ton amie, je t’aurais bien dénoncée au M.L.H. (1)
— C’est un peu vrai. N’empêche. Cette fois je ne peux pas lutter, cet homme me plaît, il me plaît trop fort. »
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1 Mouvement de libération des hommes.

Comment écrire un traité de l’amour parfait, quand sa propre histoire d’amour foire ? Gilda, 40 ans et plus, sujette aux emballements les plus délirants et aux échecs retentissants, n’est peut-être pas la mieux indiquée, pour donner des conseils pertinents.

Ses copines ont beau la mettre en garde, une fois de plus, elle est tombée amoureuse d’un homme croisé en vacances qui l’a juste embrassée un soir. Un type du genre « impossible » : humeur dépressive, divorce en cours avec enfant à la clef, éloignement ! Voici donc Gilda une fois de plus sujette aux emballements les plus délirants, embarquée dans sa machine à fantasmes.

Mais soudain, une voix s’insinue dans son délire amoureux. Une certaine Lady tente de refreiner ses ardeurs, à la façon d’une petite voix intime qui crierait méfiance et pousserait à la raison. Surtout, Lady nous raconte l’envers des choses, ce que la vilaine Gilda cache à ses lecteurs! Par exemple, Jérôme est-il seulement l’ex de sa meilleure amie ? Que fait-elle à traîner tout le temps avec lui ? Le coup de foudre serait-il plus proche qu’on ne le croit ? Moins fantasmé, surtout ?

Un roman loufoque, vif et pertinent, sur les relations hommes/femmes.

Un livre qui ne cesse de nous émouvoir et de nous faire rire.

Née à Montréal, Géraldine Barbe vit à Paris. Après avoir été comédienne, elle est désormais écrivain pour la jeunesse et les adultes, ainsi que traductrice. Elle a publié plusieurs romans pour adultes aux éditions Léo Scheer ainsi que des documents aux Editions Plein Jour. Elle publie désormais au Rouergue, à la fois en jeunesse et dans la brune. Son dernier roman, Au feu Gilda, est sortie dans la brune en février 2016.

Tous les hommes chaussent du 44 . Géraldine Barbe. 128 pages – 14 x 20,5 – 14,50 €. Graphisme de couverture : Olivier Douzou. Illustration de couverture : © plainpicture / Jasmin Sander. © Editions du Rouergue, 2017. Disponible aussi en numérique. ISBN : 978-2-8126-1230-5

Publié par Félix José Hernández.