Under the Water, Tadashi Kawamata

Metz le 30 mars 2016.

Chère Ofelia,

Hier, j’ai eu l’opportunité de visiter la très belle exposition Tadashi Kawamata, Under the Water, au Centre Pompidou-Metz. On m’a offert très aimablement cette documentation que je t’envoie avec cette lettre. Je te prie de la faire circuler là-bas à La Havane, parmi nos amis qui connaissent la langue de Molière.

Dans le cadre de l’exposition Sublime. Les tremblements du monde consacrée à notre fascination pour le déchaînement de la nature et à l’éveil d’une conscience écologique dans la scène artistique depuis les années 1960, Tadashi Kawamata réactive l’une de ses œuvres magistrales, Under the Water, à l’échelle d’une des galeries du Centre Pompidou-Metz, du 11 février au 15 août 2016.

Une vague gigantesque semble s’être abattue dans la galerie 2 du Centre Pompidou-Metz, charriant avec elle portes, fenêtres, chaises, fauteuils, tiroirs et tout élément se trouvant sur sa trajectoire… Cette puissante et ondulante lame de bois disparate et dense, suspendue au-dessus des têtes, crée un moment de sidération, saisissant le visiteur par sa dimension physique, spectaculaire et menaçante.

Réalisée à l’aide de matériaux de bois et de récupération, comme toutes les œuvres de l’artiste japonais, cette installation de Tadashi Kawamata est à la fois une réminiscence des catastrophes qui ont durement touché le Japon en mars 2011 et un hommage aux disparus. Frappé par le séisme le plus puissant de son histoire, le Japon a subi ensuite la réplique d’un tsunami dévastateur générant des vagues de près de quinze mètres de haut. Rapidement, les images amateurs ou professionnelles de cette crue meurtrière, qui a sévi également sur de nombreux littoraux du Pacifique, se sont répandues sur Internet et dans les médias, répétant jusqu’à la nausée ces images terrifiantes de vagues, charriant dans leur sillage tout ce qu’elles pouvaient emporter de débris et d’habitats.

Monument silencieux et figé aux quelques 20 000 Japonais disparus, cette installation aérienne, suspendue dans l’espace entre les deux vues sur la ville, génère une expérience de choc et fait éprouver furtivement au visiteur cette marée de décombres, l’anéantissement et le ciel fragmenté, constellé d’objets charriés, perçu par les victimes. Emportés au gré des courants, après la catastrophe, les débris ont rejoint les poubelles flottantes qui parsèment la surface des océans et ont pour certains, échoué quelques mois plus tard sur la côte ouest des États-Unis, emmenant avec eux, à l’autre bout du monde, petits poissons exotiques, coquillages et crabes.

Incursion inédite de l’artiste dans le registre du drame, Under the Water, d’abord imaginée pour sa galerie parisienne, fin 2011, puis réinventée pour le Centre Pompidou-Metz, est une œuvre magistrale qui s’inscrit toutefois dans une recherche autour de la catastrophe qu’il mène depuis près de quinze ans. Fasciné par le projet de Musée des accidents majeurs de Paul Virilio et ce que le philosophe qualifie de « surexposition du public à l’effroi », Tadashi Kawamata
collecte des images de désastres dans les journaux, rassemblant une archive du débordement, de l’effondrement, de la béance et de l’accumulation, « des formes hors de contrôle », qui fait singulièrement écho à son œuvre et l’éclaire d’un jour nouveau.

En préambule à cette impressionnante installation déployée à l’horizontale sur toute la longueur de la galerie, une autre vague faite de mobilier usagé se dresse verticalement dans le Forum. Pensée à l’échelle de ce dernier, cette installation sobrement intitulée Wave évoque les vagues scélérates, ces lames d’eau gigantesques et exceptionnelles qui apparaissent spontanément à la surface de l’océan.

Né en 1953 à Hokkaido au Japon, Tadashi Kawamata vit et travaille à Tokyo et à Paris. Son travail a fait l’objet de multiples présentations dans le monde entier au sein d’institutions telles que le Centre Pompidou, Paris, le HKW à Berlin, le Art Tower Mito, la Serpentine Gallery à Londres, la Artpace San Antonio, le MACBA à Barcelone ainsi que dans le cadre de nombreuses manifestations telles que la Biennale de Venise (1982), la documenta 8 et 9 (1987-1992), la Biennale de São Paulo (1987), la Biennale d’Art Contemporain de Lyon (1993), le Skulptur Projekte Munster (1997), la Biennale de Sydney (1998), la Biennale Art Focus à Jérusalem (1999) et la Biennale de Shanghai (2002). En 1998, l’œuvre de Tadashi Kawamata avait été présentée au FRAC Lorraine et au Centre d’art contemporain La Synagogue de Delme à travers l’exposition Les Chaises de traverse.

L’installation est réalisée avec la précieuse collaboration de la Communauté Emmaüs de Peltre, Haganis et Veolia et avec la mobilisation des étudiants de l’École Supérieure d’Art de Lorraine. Un catalogue édité par le Centre Pompidou-Metz accompagnera l’exposition Sublime. Les tremblements du monde et présentera l’installation Tadashi Kawamata.

Under the Water – Metz. Tadashi Kawamata est représenté par la galerie kamel mennour. Commissariat : Hélène Guenin, responsable du pôle Programmation au Centre Pompidou-Metz. Assistée par Éléonore Mialonier, chef de projet au Pôle Production, Centre Pompidou-Metz. Claudine Colin Communication; Diane Junqua Chargée de communication et presse.

Je t’embrasse depuis notre chère et cultivée France,

Félix José Hernández.

Hispanista revivido.