Une fenêtre sur les Confluences

Paris le 11 avril 2017.

Hélène Lafont-Couturier, directrice du musée des Confluences, présente une exposition qui dessine un portrait intimiste du musée des Confluences, ouvert à Lyon en décembre 2014.

«Les collections qu’il conserve, constituées depuis le17esiècle, remontent les âges et sillonnent les géographies de notre planète. Depuis les premières ères géologiques et climatiques à travers le minéral et le vivant et jusqu’aux liens complexes de l’homme avec la nature, c’est une fissure dans le temps qui s’ouvre à nous. Il s’en échappe des fossiles et des scarabées, des plumes et des papillons, des outils et des parures.

La sélection de ces objets et vestiges et leur mise en dialogues témoigne de ces moments où l’homme s’est inséré dans son environnement. Il en a tiré des croyances, des mythes et des symboles multiples. Il a imaginé des récits de création, façonné les moyens de sa vie et de sa survie, redouté l’au-delà. Et tenté de dominer l’inconnu par la recherche du beau.»

L’exposition présentée au sein de l’atelier Martine Aublet jusqu’au 21 mai illustre à travers quelques pièces iconiques ou étonnantes, la richesse et la poésie des liens tissés par le monde des hommes avec la nature.

Les installations de l’Atelier Martine Aublet sont conçues avec le soutien de la Fondation Martine Aublet, sous l’égide de la Fondation de France.

Le parcours de l’exposition

1. Origines

Il n’est pas d’histoire de l’humanité sans récits des origines. Inscrivant sa destinée dans le temps, l’homme en sait le terme définitif, et son besoin d’éternité s’ancre dans un moment de création. Chaque culture et civilisation a conçu ses représentations et développé ses croyances en tissant le plus émouvant des inventaires.

La collection de sculptures inuit

Constituée au début des années 2000, la collection d’art inuit du musée des Confluences rassemble une collection d’œuvres produites sur le territoire du Nunavik mais aussi dans le nord du Québec et dans des centres urbains comme Toronto. Celles sculptées par Nick Sikkuark (1943-2013) se veulent des pièces miniatures témoignant de la persistance d’une culture attachée au chamanisme et aux liens entre l’homme et la nature, entre le monde des esprits et l’existence terrestre. Cette collection récente complète et prolonge le fonds ancien des collections arctiques du musée.

2. Des insectes et des hommes

Tous les insectes possèdent un thorax, un abdomen et six pattes, mais leur diversité dépasse un million d’espèces connues, réparties en une trentaine d’ordres (Coléoptères, Diptères, Hyménoptères, Lépidoptères …). Ils sont les compagnons des hommes depuis les origines et sur tous les continents. Ils fascinent et révulsent, peuvent signifier le soleil ou annoncer la mort, être guerriers ou pacifiques.

Avec la consommation de tabac importé par les Portugais à la fin du 16e siècle se développe au Japon l’usage de pipes fines et longues, les kiseru. Dans la haute société, elles deviennent signes de luxe et de distinction accompagnées de leur étui et d’une tabatière. Actif entre 1820 et 1850, Hasegawa Ikko, sculpteur minutieux qui signait ses pièces, a réalisé nombre de ces précieux objets dont cette pipe métallique entièrement gravée d’un décor floral. Elle s’insère dans un étui de bambou incrusté de différents insectes en ivoire que guette un serpent en bois sombre. L’artiste concevait également des blagues à tabac (tonkotsu) dont cet exemplaire illustré d’un crabe sur un rocher.

3. Une beauté ordinaire

Liés à des pratiques divinatoires, rituelles ou prosaïquement humains, les objets du quotidien des hommes ont en commun la perfection du détail, la justesse de la fonction, la maîtrise du geste. Ils sont des chefs d’œuvres d’un quotidien ordinaire.

Longtemps boisson sacrée en Océanie, le kava est issu de racines de variétés de poivrier. Doté de propriétés stimulantes et euphorisantes, son usage a longtemps été cérémoniel comme le précise un missionnaire du 19e siècle: C’est par elle qu’ils honorent leurs divinités, les rendent favorables, se réconcilient avec leurs ennemis, obtiennent la guérison de leur malade, retrouvent leurs choses perdues…Sa fabrication avait lieu en plusieurs étapes: racine grattée en petits morceaux ensuite mâchés puis déposés sur une feuille de bananier avant d’être délayés dans de l’eau dans un plat tel celui-ci. L’eau était alors ensuite filtrée avant d’être versée dans des coupes.

La collection océanienne de l’œuvre de la Propagation de la Foi

À partir des années 1830, l’ordre des Maristes s’implante durablement en Océanie. Leur œuvre missionnaire les amène à s’intéresser aux cultures et civilisations locales. L’un d’entre eux, Monseigneur Rouchouze, vicaire apostolique de l’Océanie orientale dès 1833, adresse à Lyon entre autres pièces, cette parure hawaïenne décrite comme tresse de cheveux servant de collier ou d’ornement de col aux indigènes des îles sandwich avec un long crochet d’os en forme d’agrafe. Il s’agit de l’une des pièces les plus anciennes d’une collection peu à peu rassemblée, forte de 188 objets où dominent armes, objets de cultes et de la vie quotidienne.

4. Parures

Les premières fascinations de l’homme ont porté sur le monde des oiseaux. Il y a trouvé certains de ses symboles mythiques, l’ibis des égyptiens, l’aigle aztèque, la chouette d’Athènes, la colombe chrétienne ou le coq gaulois… Mais à côté des croyances et pouvoir s’ajoute la fascination pour la simple et incroyable beauté d’autres ramages et plumages.

Les «oiseaux de paradis», répartis en 42 espèces, sont originaires de l’archipel des Moluques, de Nouvelle-Guinée et de l’Est de l’Australie. Leur fascinant plumage, les spécificités de leur vol, le spectacle de leurs parades nuptiales ont donné naissance à nombre de mythes et croyances associés localement à la confection de coiffes et de parures. Avec la présence européenne, un usage plus prosaïque, en fit l’indispensable ornement de chapeaux féminins. La demande en était si forte qu’elle menaça la survie des espèces de paradisiers au point que furent prises en 1924, de mesures de protection.

Commissariat de l’exposition : Hélène LAFONT-COUTURIER

Hélène LAFONT-COUTURIER est actuellement directrice du musée des Confluences. Titulaire d’un double cursus, en archéologie médiévale à l’EHESS et spécialisée en peinture fin XIXe à l’Ecole du Louvre, elle débute sa carrière à Bordeaux. Conservateur au musée des Beaux-Arts, elle est chargée par la Ville de créer le musée Goupil. En 1996, elle assure l’intérim du Capc musée d’art contemporain, puis met en place de la direction des musées de la Ville. Elle est ensuite nommée à la direction du musée d’Aquitaine. En 2005, elle conduit le projet de création du musée national de l’histoire de l’immigration à Paris qui ouvre ses portes en 2007. En janvier 2010, elle prend la direction des musées gallo-romains du Département du Rhône, avant d’être nommée à la direction du musée des Confluences en juillet 2012.

UNE FENÊTRE SUR LES CONFLUENCES. Du 7 mars au 21 mai 2017. Atelier Martine Aublet. Musée du quai Branly – Jacques Chirac. 37 quai Branly 75007 Paris. Téléphone : 01 56 61 70 00.

Publié par Félix José Hernández.