Visages de guerre. Les gueules cassées, de la guerre de Sécession à nos jours

Visages de guerre. Les gueules cassées, de la guerre de Sécession à nos jours

Paris le 7 avril 2017.3

Longtemps, la parole des combattants blessés au visage a échappée à historien. L’itinéraire de souffrance des gueules cassées, du milieu du XIXè siècle jusqu’à nos jours, prend ici appui sur la trajectoire de trois hommes qui ont combattu l’un durant la Grande Guerre, le deuxième en Indochine, le dernier en Afghanistan.

Menant des comparaisons dans le temps et l’espace, Sophie Delaporte s’appuie sur des fonds d’archives pour la plupart inédits ainsi que sur de nombreux entretiens menés en France, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis avec les principaux acteurs de conflits récents, à commencer par les blessés eux-mêmes. En insistant sur l’impact des modalités de combat sur les atteintes au visage depuis la guerre de Sécession, l’auteure s’attache à décrire la manière dont les soignants se sont appliqués à rendre visible cette catégorie de blessés. Elle analyse l’impact des guerres sur la construction de la discipline chirurgicale en croisant les itinéraires de ceux qui ont voué leur vie à l’ériger en spécialité à part entière.

Dans une perspective très originale dont elle est l’une des pionnières dans le monde, Sophie Delaporte mobilise l’histoire des guerres et de la médecine pour nous confronter à un phénomène central de l’époque contemporaine.
Plein d’observations très graves, ce magnifique livre nous montre le drame des hommes pendant la guerre avec l’arrière plan un monde au bord du désastre.

« Quelle vie après la survie ?

Ces broyés de la guerre gardent la vie, mais c’est pour vivre un nouveau cauchemar.

Les regards, y compris parfois, ceux de leur famille, se détournent sur le passage de ces hommes jeunes, atrocement défigurés.

Ils ont honte de se montrer, ils ne savent où aller. Ils sont sans travail et rien n’a été prévu pour eux. Ni foyer entre deux opérations, la reconstruction du visage pouvant nécessiter plusieurs années, ni pension, car à cette époque la blessure au visage n’est pas considérée comme une infirmité et n’entraîne donc aucun droit à pension d’invalidité.

C’est dans cet abîme de détresse que quelques-uns d’entre eux, refusant le désespoir et la pitié, s’élevèrent au-dessus de leur condition de mutilé pour proclamer leur humanité.

Le 21 juin 1921, à l’initiative de deux « grands mutilés», Bienaimé Jourdain et Albert Jugon, une quarantaine de soldats blessés au visage créent l’Union des Blessés de la Face, qu’ils surnomment les ” Gueules Cassées ” :
Ils en confient la présidence au Colonel Yves Picot.

Leur devise ” Sourire quand même “, leur arme, la Solidarité.

Une solidarité sans faille qui a permis d’assurer à leurs camarades, sans jamais demander la moindre aide à l’Etat, une vie digne des sacrifices qu’ils avaient consentis au nom de la France.

Ce combat sans fin se poursuit aujourd’hui. Dans une totale fidélité à ses initiateurs, il s’est élargi à d’autres souffrances, à d’autres misères humaines. » Union des Blessés de la Face et de la Tête / Fondation des « Gueules Cassées » 20 rue d’Aguesseau, 75008. Paris. Tél : 01 44 51 52 00 oroussel@gueules-cassees.asso.fr

Sophie Delaporte, maître de conférences habilité à l’université de Picardie-Jules Verne, est notamment l’auteure de Les Gueules cassées, les blessés de la face de la Grande Guerre (ed. Viénot, paru chez France Loisirs), Les Carnets de l’aspirant Laby (Bayard), Les médecins dans la Grande Guerre (Bayard); Samedi 22 août 1914, un médecin dans la bataille (Odile Jacob 2016).

Collection “Contemporaines” Dirigée par Denis Peschanski et Henry Rousso : La collection «Contemporaines» publie des livres d’histoire qui ont une forte résonnance dans le présent. Elle s’attache aux périodes de crises et de transition, comme les guerres et les conflits des XXe et XXIe siècles, ainsi qu’aux évolutions longues. Elle entend promouvoir des auteurs pour qui l’histoire reste, plus que jamais, une discipline narrative, où la qualité d’écriture constitue un élément central de la création. Cette collection vise à montrer au grand public, grâce à des auteurs de talent, que le passé est une matière vivante et changeante.
Visages de guerre. Les gueules cassées, de la guerre de Sécession à nos jours.

Sophie Delaporte. Préface de Stéphane Audoin-Rouzeau. © Humensis / Belin éditeur, 2017. En couverture : Alfred Minos. Cartographie : Aurélie Boissière. 302 pages. 23,50 euros. ISBN : 978-2-7011-9088-4

Félix José Hernández.