Paris le 20 octobre 2015.

Dans la confrontation du sacré et du profane, de la musique et de l’art visuel, ce spectacle propose une expérience sensorielle et spirituelle forte.

La quête du divin passe chez les soufis par la transe, la répétition du même motif chanté et dansé, qui exprime l’ardent désir de l’âme de retrouver sa source originelle. Shoof (Hosni Hertelli), street artist tunisien, perçoit la transe comme « une énergie pure qui vient du profond intérieur, qui ratisse large, qui s’étend sans fin, transporte tout sur son horizon, pour étrangement le recentrer, le « verticaliser », tel un point de lumière qui fuse pour communier avec le ciel ». Artiste monochrome, Shoof possède l’art de dépoussiérer la calligraphie traditionnelle arabe en remplaçant la plume ou le baton par l’aérosol, le pinceau, les pochoirs. Il met à l’épreuve son art de la calligraphie dans cette rencontre inédite avec l’Ensemble Al Nabolsy et les derviches tourneurs de Damas. Tout en donnant corps et traits aux textes sacrés chantés par l’ensemble syrien, Shoof inscrit son geste dans le respect du mouvement circulaire, universel et initié des derviches tourneurs, à la recherche d’une transe commune. Sur cette scène graffée, la voix céleste de Noureddine Khourchid s’élève dans le tournoiement de robes blanches calligraphiées de lettres en spirales… Cette rencontre inédite se veut une performance artistique spontanée et intuitive, hypnotique et harmonieuse.

Pour le musée du quai Branly, Shoof produit un travail plastique de transcription de cette transe en un objet esthétique : à l’issue d’une résidence de création de 8 jours, il transforme le théâtre du musée en l’investissant de signes calligraphiques monochromes en cherchant à faire de son trait la trace écrite de la parole soufie continue.

Il est accompagné par une grande voix de la mosquée des Omeyyades de Damas, Noureddine Khourchid de la confrérie soufie Shâdhiliyya. Son ensemble réunit six munshid (chanteurs religieux), hymnodes de cette même confrérie, ainsi que trois danseurs de la confrérie Mawlawiyya, des derviches tourneurs de Damas.

Artiste plasticien originaire de la Medina de Tunis, Shoof développe une peinture riche et instinctive directement inspirée de la calligraphie traditionnelle. Ses outils – la bombe, marqueur, pinceau, pochoir, etc. – lui permettent de déstructurer et bouleverser la lettre arabe : il la courbe, la rend volute.

Fortement influencé par la musique, il revisite la calligraphie par sa forme et pour son rythme. Une fois son oeuvre commencée, il se répète à l’infini sans se préoccuper d’esthétique ou de logique spatiale.

Shoof a participé à de nombreuses expositions, il a notamment investi et orné les murs de l’appartement #972 de l’emblématique Tour 13 détruite en avril 2014, et a également pris part au projet artistique international Djerbahood dans le village tunisien d’Erriadh à l’été 2014.

Grande voix de la mosquée des Omeyyades de Damas, Noureddine Khourchid est le fils d’Abou al-Nour, cheikh de la confrérie soufie Shâdhiliyya, l’une des plus importantes du monde arabe. Distingué pour la virtuosité de son travail et son interprétation limpide, Noureddine Khourchid se produit dans le monde entier.

L’Ensemble dont il fait partie, réunit 7 munshid, hymnodes de la confrérie Shâdhiliyya, ainsi que trois derviches tourneurs, danseurs de la confrérie Mawlawiyya.

La confrérie Mawlawiyya tire son nom de Mawlânâ (notre maître), surnom de Djalâl al- Din al-Rûmi (1207-1273), maître spirituel et fondateur à Konya, en Turquie, de la confrérie qui fut organisée après sa mort par son fils aîné, Sultan Valad. Outre le dhikr (remémoration du nom de Dieu) commun à tous les ordres soufis, Rûmî a institué la danse giratoire des disciples connue en Occident sous le nom de « danse des derviches tourneurs ». Cette danse était à l’origine – et demeure dans certaines confréries – la manifestation spontanée d’un état (hâf) qui s’empare du disciple à la moindre allusion spirituelle.

Le chant religieux est dans l’islam désigné par le terme générique d’inshâd. Au plan poétique, le répertoire de l’inshâd comporte des invocations, des glorifications et louanges divines, des prières et des éloges au Prophète : le récit de sa naissance, son voyage et son ascension nocturne, ses hauts faits, ses miracles et sa vie. Il rassemble également un grand nombre de poèmes soufis construits autour de la thématique de l’amour et de l’ivresse divins. Parmi les poètes mystiques chantés figurent Ibn al-Farid (1181-1235), al-Nâbulsï (1641-1731), al-Barazanji (18e siècle), al-Buraï (13e siècle) et al-Bûsïrî (1213-1295).

La danse giratoire des disciples est connue en Occident sous le nom de « danse des derviches tourneurs ». Cette danse était à l’origine – et demeure dans certaines confréries – la manifestation spontanée d’un état (hâf) qui s’empare du disciple à la moindre allusion spirituelle.

« L’ange Gabriel est apparu au Prophète et lui a dit : «Dis à Abou Bakr que Dieu lui envoie Son salut et qu’il est satisfait de lui. » Dès qu’Abou Bakr eut entendu ce que le Prophète lui avait rapporté de l’ange, il se mit a tourner sur lui-même, emporté par une joie extrême.»

Ainsi, certains soufis expliquent par cette anecdote l’origine de la transe soufie, danse des derviches tourneurs. Revisitant ces héritages visuels et musicaux, Shoof et l’Ensemble Al Nabolsy se rencontrent et confrontent les volutes de graffs aux tournoiements des robes, portés par la grande voix de Noureddine Khourchid.

UNE CRÉATION AU MUSEE DU QUAI BRANLY. Théâtre Claude Lévi-Strauss. WHITE SPIRIT. L’artiste plasticien Shoof, l’Ensemble Al Nabolsy & les derviches tourneurs de Damas. Tunisie / Syrie. Street art – Danse – Chant – Transe soufie. Quand l’art urbain rencontre la tradition sacrée des derviches tourneurs. Résidence à partir du 28 octobre 2015 au théâtre Claude Lévi-Strauss. Création du décor et graffs : Hosni Hertelli aka Shoof. Ensemble Al Nabolsy Noureddine Khourchid (chant, soliste), Mohamad Kahil, Adel Halima, Hassan, Arbach et Abdulrahman Modawar (chant, choristes de la confrérie Shâdhiliyya), Basem Kadmani (oud) et Mhd Hamdi. Malas (percussions). Derviches tourneurs Mahmoud Altaier, Hatem Aljamal, Yazan Aljamal (danseurs de la confrérie Mawlawiyya). Création lumière Christophe Olivier. Direction artistique Jean-Hervé Vidal et Mehdi Ben Cheikh. Coproduction Zaman production et le musée du quai Branly, en collaboration avec la Galerie Itinerrance.

Félix José Hernández.

Photo : © Valérie Pinard

Deja un comentario